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Guerre commerciale avec les États-Unis

Tarifs: l'aide fédérale arrive à point nommé pour l'industrie de l'aluminium

Tarifs: l'aide fédérale arrive à point nommé pour l'industrie de l'aluminium
Photo: La Presse Canadienne, 2025
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Les acteurs de l’industrie de l’aluminium accueillent comme une bouffée d’air frais le soutien fédéral à leur secteur, durement touché par l’imposition arbitraire de tarifs de 50 % par l’administration Trump.

Les représentants des secteurs de la production et de la transformation de l’aluminium étaient aux côtés de la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, venue à Montréal lundi pour mousser l’annonce faite vendredi dernier par le premier ministre Mark Carney notamment d’un fonds de 5 milliards $ et de plusieurs autres mesures de soutien destinés aux secteurs économiques touchés par les tarifs américains.

«À chaque semaine, nos alumineries expédient vers le marché américain 56 000 tonnes de métal primaire. Avec un tarif de 50 %, ça représente 75 millions de dollars US par semaine d'impact tarifaire», a expliqué le président de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

En plus, les producteurs ont dû continuer à livrer l’aluminium pendant plusieurs semaines au prix du marché avant les tarifs, tel que prévu dans les contrats en vigueur, ce qui leur a fait mal puisqu’ils ont dû absorber eux-mêmes les coûts. «Ce qui est arrivé, c'est une compression des marges de nos producteurs, c'est-à-dire que le prix reçu par le marché avec un tarif de 50 %, pendant plusieurs semaines, n'a pas internalisé, n'a pas pris en compte le tarif 50 %. Ce qui fait qu'à chaque tonne qu'on poussait, on perdait de l'argent», a dit M. Simard.

Pas de mises à pied côté production

Les alumineries, a-t-il fait valoir, ont un besoin pressant de leurs marges parce qu’elles doivent constamment les réinvestir dans la modernisation de leurs opérations. «L'impact premier (des tarifs), c'est la capacité de nos alumineries de maintenir les investissements dans leurs actifs de production à travers le Canada et principalement au Québec. Pour demeurer compétitifs, on parle au Québec d'environ 300 à 400 millions de dollars par année qui sont investis

Et pourtant, il n’y a pas eu d’impact sur l’emploi. Pourquoi? Parce qu’une aluminerie doit fonctionner 24 heures sur 24, et ce, 365 jours par année. «C'est le paradigme de l'industrie de l'aluminium. On n'arrête pas, on ne fait pas de mises à pied partielles. On n’élimine pas un quart de travail. On s'assure de continuer de produire. (…) Alors au moment où l’on se parle, il n'y a pas eu de mises à pied et il n’y en a pas de prévues. Il n'y a pas eu une diminution de quarts de travail, il n'y a pas eu de situation temporaire ou quoi que ce soit.»

Situation difficile côté transformation

Ce n’est toutefois pas le même portrait du côté des PME qui œuvrent dans la transformation de l’aluminium qui, elles, ont commencé à payer le gros prix pour le précieux métal, selon la présidente et chef de la direction de leur regroupement, AluQuébec, Charlotte Laramée. «On a estimé à peu près à 8,5 % la réduction d'effectifs anticipés pour les PME. Jusqu'à maintenant, les PME faisaient en sorte de maintenir leurs talents, mais on voyait que s'il n'y avait pas de soutien ou si la situation n'évoluait pas favorablement dans le sens d'une entente d'ici la fin 2025, début 2026, là réellement, les effectifs allaient être amenés à réduire.»

La bouée de sauvetage lancée par Ottawa arrive donc à point, a-t-elle reconnu. «Ç’a quand même déjà un petit peu commencé, mais je pense qu'on va réussir à endiguer la situation avec le soutien qui est maintenant apporté et en faisant en sorte de pouvoir maintenir ces talents dans notre industrie.»

Les PME du secteur de la transformation de l’aluminium ne sont pas une quantité négligeable. On parle ici de 1700 PME, près de 30 000 emplois et un chiffre d'affaires de 11,5 milliards $.

Mais comme la chaîne d’approvisionnement et de valeur est nord-américaine, les tarifs ont eu «un impact direct sur nos entreprises: des pertes de contrats, des pertes de clients, une augmentation des coûts de production». Là aussi, les liquidités se sont envolées, créant une forte pression sur la main-d’œuvre et l’investissement. «Si rien n'est fait, c'est un recul en innovation, un recul sur la productivité qu'on risque d'accuser ici, au Québec, dans nos PME», a-t-elle averti.

«Le monde du libre-échange est derrière nous»

Mélanie Joly était incapable, à ce moment-ci, de préciser quelle part des 5 milliards $ irait au secteur de l’aluminium, mais elle a assuré qu’il y aurait «des centaines de millions» pour le secteur. Et même si 5 milliards $ «c’est énorme», selon son expression, cela n’empêchera pas Ottawa d’en ajouter s’il le faut, a-t-elle laissé entendre. «On va s'ajuster au fur et à mesure que les négociations avec les États-Unis vont évoluer», a-t-elle déclaré, tout en précisant qu’Ottawa «continue d'essayer d'avoir des ententes sur des secteurs spécifiques» dont l’acier et l’aluminium.

Cependant, a-t-elle déclaré, «le monde tel qu'on l'a connu de libre-échange et de multilatéralisme économique, est derrière nous. Il ne s'agit pas d'une simple transition, mais d'une réelle rupture. (…) Nous devons protéger nos travailleurs et nos industries les plus touchés, et l'aluminium est l'une de ces industries.» Au Québec, cette question est cruciale puisque la province héberge neuf des dix alumineries au Canada, la dixième étant en Colombie-Britannique.

Évidemment, il est impossible de vraiment planifier dans le contexte d’imprévisibilité actuel imposé par le président américain lui-même. «Il y a des choses qu'on ne peut pas contrôler. On ne peut pas contrôler le président américain, on le sait, mais il y a des choses qu'on peut contrôler et ce qu'on peut contrôler, c'est justement notre propre force ici au Canada

Ottawa, affirme la ministre, compte sur une forte politique d’achat canadien pour stimuler le marché de l’aluminium, particulièrement avec les investissements massifs promis dans les secteurs de l’habitation et de la défense. Cependant, dit-elle, «on va continuer de faire affaire avec les États-Unis, mais on est beaucoup trop dépendant; 70 % de nos exportations vont vers les États-Unis. On doit transformer ça. Et c'est pourquoi, aussi, qu'au même moment où on travaille sur la création d'un marché national, domestique, bien, on se tourne davantage vers l'Europe.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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