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Stratégie de refroidissement responsable

Revoir le Code du bâtiment pour contrer les effets de la chaleur sur les travailleurs

Revoir le Code du bâtiment pour contrer les effets de la chaleur sur les travailleurs
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Baisse de motivation, déshydratation, fatigue: les travailleurs québécois subissent les effets de la chaleur, montre un nouveau sondage. La Coalition québécoise pour un droit à la fraîcheur demande aux décideurs d'adopter une stratégie de refroidissement responsable.

Dans cette stratégie, il serait notamment question d'adapter le Code du bâtiment et d'offrir plus de lieux qui permettent de faire baisser la température corporelle des travailleurs extérieurs. Il ne s'agit pas ici d'installer des airs climatisés, mais plutôt d'offrir une meilleure ventilation ou de protéger des espaces du soleil.

Selon un sondage Léger réalisé en juillet 2026 et commandé par l'Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), 72 % des personnes en emploi affirment avoir ressenti au moins un effet qui découle des fortes chaleurs. Principalement, de la difficulté à se concentrer et plus de fatigue, ressentir la soif ou des symptômes de déshydratation et avoir moins de motivation au travail.

Les données ne surprennent pas Patrick Rondeau, directeur du service Environnement et transition juste à la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ). Il affirme qu'elles sont similaires à un rapport de l'Organisation internationale du travail, publié en 2024, qui indiquait une croissance de 33 % des travailleurs en Amérique ayant subi des lésions professionnelles dues au stress thermique depuis l'année 2000.

«Malheureusement, les chiffres qu'on voit au Québec sont cohérents avec ce qu'on voit à l'international», commente M. Rondeau.

Selon lui, tôt ou tard, le nombre de travailleurs impactés par la chaleur va augmenter si rien n'est fait. «Les températures excessives, le stress thermique, ce qu'on appelle communément les coups de chaleur, font augmenter la chaleur interne de l'être humain et peuvent causer des lésions permanentes qui peuvent amener jusqu'à la mort. C'est très sérieux comme problème», prévient M. Rondeau.

Des impacts aussi pour les travailleurs à l'intérieur

Les travailleurs extérieurs — par exemple en agriculture, dans le domaine de la construction, le service de poste, etc. — sont plus à risque des effets néfastes de la chaleur sur leur santé.

«On fait beaucoup de liens avec les travailleurs à l'extérieur. Ils vont être bien entendu de plus en plus affectés par le climat, étant donné que les chaleurs sont de plus en plus fréquentes, souligne Cyril Frazao, directeur santé-climat à l'ASPQ. Donc oui, c'est sûr que les problématiques de déshydratation, de fatigue, de coups de chaleur vont augmenter s'il n'y a pas une adaptation dans la sécurité du travail.»

Or, il y a aussi des emplois à l'intérieur où la chaleur peut devenir suffocante. «Des milieux où on ne peut pas baisser la température. Je pense à des nettoyeurs, des presseurs [...] ou dans certaines industries où on doit garder la chaleur, on ne doit pas l'extraire», indique M. Rondeau.

Le cas des écoles qui surchauffent à l'approche de l'été a été très médiatisé, mais la même situation s'applique pour d'autres bâtiments qui relèvent du secteur public et parapublic.

«Un bâtiment public a une double fonction. Il accueille la population, parfois des personnes très vulnérables à la chaleur. Mais c'est aussi un milieu de travail pour des milliers de personnes. Donc, en adaptant ces bâtiments, on agit à la fois sur la santé publique et sur les conditions de travail», expose M. Frazao.

Dans le sondage, 68 % des répondants ont affirmé que l'adaptation des bâtiments devait être priorisée par le gouvernement.

Moins de productivité

D'un point de vue de productivité, la chaleur entraîne des pertes d'heures travaillées pour l'employeur. «Une personne en emploi sur cinq nous dit carrément que son travail devient plus difficile à accomplir. Donc, la chaleur touche directement la capacité à travailler», soulève M. Frazao en citant le sondage.

«Il y a une culture de la performance un peu partout dans le monde, notamment au Québec, mentionne M. Rondeau. Donc, on ne s'arrêtera pas nécessairement de travailler. On le voit dans certains secteurs comme la construction ou au niveau des services municipaux.»

Il y a deux solutions à ça, tranche le porte-parole de la FTQ. «Soit qu'on applique déjà ce qui existe dans la loi sur la santé et la sécurité au travail et ses règlements, c'est-à-dire de réguler la température à laquelle les gens travaillent accompagnés de pause systématique — ou bien on adapte les milieux de travail.»

En plus de la mise en place d'une stratégie de refroidissement responsable (et son financement durable), la Coalition québécoise pour un droit à la fraîcheur demande à ce que les décideurs reconnaissent le fardeau des fortes chaleurs et qu'on renforce la prévention et la mise en application des règles connues de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Le gouvernement a «un levier très direct» au niveau de ses bâtiments, souligne M. Frazao. «Il peut commencer par son propre parc immobilier et intégrer la fraîcheur dans la rénovation, la conception, la gestion de ses bâtiments», explique-t-il. Revoir le Code du bâtiment au niveau de la rénovation est un élément essentiel pour s'adapter aux fortes chaleurs, qui sont appelées à s'exacerber avec les changements climatiques.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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