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Selon la députée Chantal Soucy

La présence des femmes en politique, une «greffe» difficile à faire tenir

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23 septembre 2024
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Par La Presse Canadienne

Alors que les femmes élues occupent plus de 45 % des sièges de l'Assemblée nationale, certains pourraient être tentés de penser que la lutte pour l'égalité est terminée. Mais un nouvel ouvrage prévient que rien n'est acquis et que la présence des femmes en politique demeure une «greffe» difficile à faire tenir.

«C’est pas fort, fort, les pitounes au Conseil des ministres!» C'est un ministre du gouvernement Legault qui aurait prononcé ces paroles, selon la députée Chantal Soucy, qui s'est confiée à l'ex-courriériste parlementaire de La Presse Canadienne, Jocelyne Richer.

Mme Richer a passé plus de 20 ans à observer le paysage politique québécois et à s'intéresser particulièrement à la situation des femmes élues. Pour son livre «Le sexe du pouvoir», qui sera publié mardi, la journaliste a interviewé de nombreuses politiciennes, anciennes et actuelles, et elle constate que les femmes élues se heurtent aux mêmes obstacles qu'il y a quarante ans.

Elles doivent en fait s'adapter à un milieu conçu par les hommes et pour les hommes. «On dit: "On ouvre les portes, venez en grand nombre", mais une fois que la femme pose le pied au Parlement, on lui dit: "Adapte-toi"», a relaté la journaliste en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Adapte-toi au système tel qu'il est. Même s'il n'y a pas de congé de maternité, arrange-toi. Si t'as de jeunes enfants, nous on veut que tu sois présente et puis arrange-toi pour que ta situation ne vienne pas interférer.»

Elle donne aussi l'exemple de l'habillement des femmes, qui fait encore parler de nos jours et qui a amené l'ex-première ministre Pauline Marois, par exemple, à adopter des habits plus sobres, un «code vestimentaire masculin», décrit l'autrice.

Sur un siège éjectable

Et Mme Richer constate que l'arrivée d'un plus grand nombre de femmes au pouvoir n'a pas réglé le problème.

«Il y a toujours ce vague sentiment d'exclusion, ce sentiment qu'elles sont assises sur un siège éjectable, a-t-elle expliqué. Elles sentent que leur crédibilité est constamment remise en question, qu'on applique envers elle un double standard.»

Pour illustrer son propos, Mme Richer trace un parallèle entre deux femmes qui ont vécu des époques bien différentes: Mme Marois et l'actuelle vice-première ministre du gouvernement Legault, Geneviève Guilbault.

Ces deux femmes, «douées, ambitieuses, prêtes à s’y investir totalement», ont choisi malgré tout de ne pas sacrifier leur vie personnelle et d'avoir des enfants en fonction. Mme Guilbault, qui avait été élue lors d'une élection partielle en 2017, était alors enceinte de son premier enfant et lors de la campagne, et elle a accusé ses adversaires d'utiliser cet enjeu contre elle.

Elle a accouché le 27 décembre. Elle a recommencé à travailler à la mi-janvier et le 22 janvier, elle se trouvait aux côtés du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, lors d'un caucus du parti à Sainte-Adèle.

Pauline Marois avait elle aussi accouché lorsqu'elle était ministre, et après quelques jours, elle se remettait au travail – et ce, même si elle allaitait, relate-t-elle dans sa biographie «Au-delà du pouvoir».

«À quarante ans d'intervalle, rien n'a changé», a tranché Mme Richer.

Des exemples récents

L'autrice examine d'ailleurs le cas de trois femmes du premier gouvernement Legault – MarieChantal Chassé, Marie-Ève Proulx et Sylvie D'Amours – qui ont été exclues et remplacées par des hommes.

La première, MarieChantal Chassé, alors ministre de l'Environnement, a été remplacée moins de trois mois plus tard, après avoir eu des expériences médiatiques difficiles.

Le ministre Benoit Charette lui a succédé, rompant l'équilibre au sein du conseil des ministres de François Legault, qui n'aura été paritaire que d'octobre 2018 à janvier 2019.

«Personne n’est à l’abri d’une maladresse, d’un éventuel manquement à l’éthique, d’une erreur de jugement, d’une difficulté à communiquer clairement avec les médias. Mais si d’aventure la faute est attribuée à un homme, elle est vite pardonnée, alors qu’elle peut valoir un renvoi à une femme», soutient Mme Richer.

Parler d'une même voix

L'autrice elle-même, qui était bien au fait de ce phénomène comme journaliste, dit avoir été surprise de constater à quel point les femmes – tous partis politiques confondus, et de tous âges – tenaient des propos similaires.

«Je me disais: il va y avoir un choc de générations dans la lecture qu'elles font de leur situation de femmes. Pas du tout.»

«Je trouvais ça incroyable d'entendre une femme de 30 ans ou une dame de 80 ans, une ex-parlementaire, tenir à peu près le même langage sur le double standard, le "mansplaining" et la dictature de l'image.»

L'autrice ne s'aventure pas à donner des solutions pour que cette «greffe» soit plus solide, affirmant qu'il s'agit de la responsabilité des élus.

Elle croit toutefois qu'il était important de donner la parole aux femmes pour «nommer le malaise et le documenter» – «qu'elles disent ce qu'elles n'aiment pas, ce qu'il y a dans la culture politique actuelle qui les dérange et qui constitue des freins à leurs carrières politiques», a-t-elle indiqué en entrevue.

Vicky Fragasso-Marquis, La Presse Canadienne

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