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Environnement

Les villes cherchent à devenir des «éponges» pour s'adapter au climat extrême

Les villes cherchent à devenir des «éponges» pour s'adapter au climat extrême
Photo: La Presse Canadienne
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Passant des toits verts de Toronto à la stratégie des villes de Vancouver pour la pluie, les villes canadiennes cherchent à devenir des «éponges» afin d’aider à atténuer certains des effets des précipitations extrêmes.

À Montréal, la mairesse Valérie Plante a annoncé la semaine dernière que la Ville envisageait d’aménager une trentaine de «parcs éponges» supplémentaires conçus pour capter et absorber l’eau de pluie et l’empêcher de s’écouler dans les égouts surchargés lors d’épisodes de pluies extrêmes.

Ceux-ci, combinés à 400 «trottoirs éponges» supplémentaires, comportant des carrés de végétation supplémentaires, aideront la ville à conserver l’équivalent de trois piscines olympiques dans l’eau pour «la moitié du coût des travaux souterrains», a indiqué la Ville dans un communiqué de presse.

Mélanie Glorieux, architecte paysagiste senior chez Rousseau Lefebvre, a déclaré que même si le concept de construction d’une «ville éponge» n’est pas nouveau, c’est une idée que de plus en plus de municipalités adoptent pour faire face aux conditions météorologiques extrêmes.

L’idée est de détourner les eaux de pluie vers des zones basses ou des canaux plantés d’arbres, d’arbustes et d’herbes, afin qu’une plus grande partie soit absorbée en surface et que moins s’écoule dans les égouts, les lacs ou les rivières, a résumé Mme Glorieux. Autre avantage supplémentaire, les plantes filtrent l’eau avant qu’elle n’entre dans le système, éliminant ainsi une partie des polluants qu’elle absorbe dans les rues.

«Premièrement, nous réduisons la quantité d’eau (envoyée dans les égouts), et deuxièmement, nous améliorons la qualité de ce qui s’y trouve», a-t-elle fait valoir. 

L’objectif est de réparer une partie des dommages causés par le développement urbain axé sur l’automobile au cours des 40 à 50 dernières années, qui impliquait le remplacement des espaces naturels qui absorbent l’eau par des infrastructures imperméables telles que des routes et des stationnements. 

Au lieu d’être absorbée, l’eau a été redirigée vers des réseaux d’égouts souterrains, qui peuvent être submergés par de fortes pluies, provoquant des inondations et une contamination des rivières.

Le concept de ville éponge, qui s’est d’abord imposé en Chine, est essentiellement l’inverse, c’est-à-dire limiter le débit et maximiser la capacité d’infiltration, a déclaré Mme Glorieux.

Gérer 95% des épisodes de pluie

Les infrastructures vertes peuvent être intégrées dans un paysage de nombreuses manières, en passant de la simple plantation d’arbres jusqu’aux jardins de pluie, aux rigoles, aux étangs de rétention et aux systèmes de biorétention plus complexes qui impliquent des couches de filtrage, a-t-elle énuméré. Certains projets remplacent également l’asphalte par un pavage perméable qui permet un meilleur écoulement de l’eau.

Mme Glorieux a indiqué que la plupart des zones de rétention d’eau des infrastructures vertes sont conçues pour absorber les 25 premiers millimètres de pluie, ce qui signifie qu’elles devraient être capables de gérer environ 95 % des épisodes de pluie.

La directrice des infrastructures vertes chez Green Communities Canada, Emily Amon, affirme que la combinaison d’événements météorologiques de plus en plus graves dus au changement climatique et l’urbanisation a entraîné «de réelles pertes sur le paysage en termes de notre capacité à absorber les eaux pluviales que nous recevons».

Le 13 juillet dernier, Montréal a reçu l’équivalent d’un mois de pluie en moins de deux heures, alors que quelque 85 millimètres de pluie sont tombés sur le territoire, inondant des passages souterrains, provoquant le débordement des égouts et obligeant les autorités municipales à avertir les citoyens de rester à l’écart des cours d’eau en raison d’une possible contamination.

L’organisation à but non lucratif Green Communities Canada travaille avec d’autres organisations pour aider les municipalités à créer des infrastructures vertes, notamment en plantant des mini-forêts et des jardins qui absorbent la pluie et en enlevant le pavé des anciens stationnements. Partout au Canada, des villes semblent emboîter le pas.

Toronto a été saluée pour son règlement exigeant que les nouveaux développements de plus de 2000 mètres carrés soient dotés de toits verts sur une partie de leurs surfaces. Les toits absorbent l’eau de pluie qui autrement s’écoulerait dans les égouts. Mme Amon a souligné que Vancouver a mis en œuvre une stratégie de ville pour la pluie qui vise à intégrer les infrastructures vertes dans les décisions de planification.

Elle a déclaré que la Fédération canadienne des municipalités a lancé un «programme de gestion des actifs naturels» qui encourage les villes à catégoriser et à attribuer une valeur monétaire à leurs infrastructures vertes afin qu’elles puissent être mieux gérées — une stratégie lancée à Gibsons, en Colombie-Britannique.

Multiples bénéfices pour la population

Guillaume Grégoire, professeur adjoint en sciences végétales et infrastructures vertes à l’Université Laval, affirme que les infrastructures vertes n’ont pas vraiment d’inconvénients, mais qu’elles doivent occuper «une bonne partie du territoire» pour avoir un véritable effet. 

Il soulève que les infrastructures vertes peuvent être coûteuses à installer et «nécessiter un peu plus d’entretien qu’un simple tuyau d’égout», ce qui a rendu certaines municipalités plus hésitantes. Cependant, il a indiqué que des études comparatives ont montré que le coût au fil du temps est égal ou inférieur à celui de la modernisation des systèmes d’égouts, même en tenant compte de l’entretien supplémentaire.

Les trois experts affirment qu’en plus de la gestion des eaux pluviales, le modèle de la «ville éponge» apporte d’autres avantages, notamment une biodiversité accrue, une réduction de l’effet d’îlot de chaleur, des espaces publics attrayants et une plus grande exposition à la nature, ce qui contribue à une meilleure santé mentale.

Mme Amon ajoute que les infrastructures vertes peuvent également contribuer à des quartiers plus équitables en ajoutant des arbres producteurs de nourriture, des plantes culturellement significatives et davantage de verdure dans les quartiers qui en manquent.

«Les infrastructures vertes sont incroyables, car elles peuvent être transformatrices de nombreuses manières différentes», a-t-elle fait valoir. 

Morgan Lowrie, La Presse Canadienne

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