Environnement
Le changement climatique a eu un impact sur les températures en décembre au pays
Le changement climatique a rendu plus probable pour le Canada d'enregistrer son mois de décembre le plus chaud depuis plus de 50 ans, une anomalie de température qui s'est démarquée du reste de la planète, révèle une nouvelle étude.
«Cela se distingue vraiment au niveau mondial», fait valoir Andrew Pershing, de Climate Central, un groupe à but non lucratif de scientifiques et de journalistes scientifiques basé à Princeton, dans le New Jersey.
«Lorsque l'on commence à élargir l'horizon, on s'aperçoit à quel point la situation était inhabituelle au Canada», ajoute-t-il.
Le mois de décembre a en effet battu des records de chaleur dans tout le pays, en particulier dans les Prairies.
Le 6 décembre, l'Alberta a établi à elle seule sept nouveaux records. Ce jour-là, Bow Island, dans le sud de la province, a enregistré une température de 18,6 °C, soit 5,8 degrés de plus que le précédent record de 1962.
Toutes les provinces et tous les territoires ont connu des températures supérieures à la normale, mais ce sont les Prairies qui ont enregistré les températures les plus élevées. Le Manitoba a enregistré 8,6 degrés de plus que la normale, la Saskatchewan 8 degrés et l'Alberta 7,1 degrés.
L'impact du changement climatique
Cette année, le phénomène El Niño, une configuration météorologique qui apporte généralement du temps chaud, a été très présent. Toutefois, cela n'a pas été le cas pour le mois de décembre, précise M. Pershing.
«Ce que nous voyons, c'est la poussée constante du changement climatique, jour après jour», dit-il.
M. Pershing et ses collègues ont utilisé le «Climate Shift Index (CSI)» pour déterminer l'impact du changement climatique. Cet indice s'appuie sur une méthodologie bien établie et évaluée par des pairs pour déterminer l'influence du changement climatique sur les conditions météorologiques de chaque jour.
Cet indice est un outil courant pour les climatologues, indique Nathan Gillett, qui étudie l'attribution des conditions météorologiques à Environnement Canada.
«Le Climate Shift Index existe depuis un certain temps, mentionne-t-il. Il est généralement bien accepté.»
Les études d'attribution des conditions météorologiques sont de plus en plus populaires et ont examiné le rôle du changement climatique dans un large éventail d'événements à travers le monde, y compris la récente saison désastreuse des incendies de forêt au Canada.
Pour le mois de décembre, M. Pershing a additionné le nombre de jours dans chaque province pour lesquels le CSI était supérieur à deux, ce qui signifie que le changement climatique ont rendu la température de ce jour au moins deux fois plus probable.
L'Ontario et la Colombie-Britannique ont connu 11 de ces jours. Le Manitoba en avait 10. Le Québec en avait neuf. La Saskatchewan et l'Alberta en avaient en moyenne cinq.
Ce n'est pas seulement dû à El Niño, selon M. Pershing. Les précédentes fortes années d'El Niño n'ont rien donné de comparable à ce qui s'est passé en 2023.
«Nous n'obtiendrions pas les records que nous avons vus à cause d'El Niño. Les records sont dus au changement climatique, El Niño ajoutant un peu de saveur en plus», expose-t-il.
M. Gillett, qui n'a pas participé à l'étude de Climate Central, souligne que les conclusions correspondaient à ce à quoi il s'attendait.
«Les résultats sont crédibles et les conclusions sont logiques, affirme-t-il. Elles sont confirmées par d'autres données que j'ai vues récemment.»
Comment expliquer la vague de froid?
En janvier, les températures ont chuté un peu partout au pays.
Selon M. Pershing, la relation entre le changement climatique et les vagues de froid n'est pas encore clairement établie. Certains pensent que le réchauffement de l'Arctique affaiblit le courant-jet et contribue à des événements tels que la vague actuelle, mais cela n'est pas concluant, explique M. Pershing.
La variabilité naturelle existe toujours, a déclaré M. Gillett. «Il y a encore de la variabilité et ce genre d'événements peut encore se produire, dit-il. Mais ils sont moins probables qu'ils ne l'auraient été en l'absence de changement climatique induit par l'homme.»
Il faut s'y habituer, estime M. Pershing, si vous le pouvez.
«Je peux sortir pendant ces journées d'hiver plus chaudes et être à la fois très heureux et très effrayé», confie-t-il.
Bob Weber, La Presse Canadienne
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