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Une majorité à 57 %

Une étude de l'INSPQ témoigne de la détresse psychologique en milieu scolaire

Une étude de l'INSPQ témoigne de la détresse psychologique en milieu scolaire
Photo: La Presse Canadienne, 2024
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Une majorité (57 %) de personnes œuvrant dans le milieu scolaire public, qu’elles soient enseignantes, cadres, professionnelles ou employées de soutien administratif et technique, se considéraient en détresse psychologique élevée ou très élevée lorsque l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) les a questionnées en profondeur sur leur état de santé mentale.

Pour la quasi-totalité des répondants se disant en détresse psychologique élevée ou très élevée, celle-ci était reliée en tout ou en partie à leur travail et c’est la charge de travail qui vient au premier rang des facteurs de risque psychosocial auxquels ces employés étaient exposés, un problème pointé du doigt par 81 % du personnel enseignant et 94 % du personnel cadre.

Violence des élèves

La prévalence de la violence est un autre des facteurs marquants identifiés par les répondants. Sur l’ensemble des répondants, le rapport précise que «près du quart des répondants aurait reçu des menaces de violence, environ le tiers (32 %) rapporte avoir subi au moins une agression physique – ces deux formes de violence provenant majoritairement des élèves – et 41 % auraient vécu du harcèlement psychologique au cours de l’année scolaire, de la part de collègues, du supérieur ou supérieure ou bien des élèves».

Ce n’est toutefois pas au sein du personnel enseignant que l’on retrouve la plus forte proportion des personnes ayant été victimes de violence physique ou de menace de violence physique, mais bien au sein du personnel de soutien technique et paratechnique.

L’INSPQ avait publié en octobre 2023 un rapport préliminaire qui laissait entrevoir ces résultats et la publication du rapport final de recherche, passée sous le radar plus tôt cette semaine, vient confirmer ce qui commençait à se dégager à ce moment.

Recherche à l'ombre de la COVID

L’équipe qui a procédé à cette recherche prend soin de préciser qu’on ne peut appliquer ses résultats à l’ensemble des quelque 163 000 membres du personnel œuvrant aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire, mais ce sont tout de même près de 22 000 d’entre eux qui ont répondu au questionnaire, de sorte que l’on peut parler d’un portrait assez fidèle de la situation.

Aussi, la recherche a été réalisée durant la sixième vague de la pandémie, soit durant les mois de mars, avril, mai et juin 2022, un contexte inhabituel au sortir d’une longue période trouble qui s’était avérée source de stress psychologique pour une forte proportion de la population en général. Le secteur préscolaire, primaire et secondaire, soumis à des mesures qui variaient au fil des mois, des semaines, parfois des jours, souvent obligé de se réinventer sans avoir le livre d’instruction et souvent sans formation, notamment pour l’enseignement à distance, sortait alors d’une période où on lui avait demandé beaucoup au cours des deux années précédant l’étude.

Absentéisme, consommation et départs

On ne se surprendra donc guère de constater qu’un peu plus de la moitié (55 %) des répondants ont déclaré s’être absentés du travail et exactement la même proportion ont mentionné avoir fait ce que les chercheurs appellent du présentéisme-maladie – c’est-à-dire aller travailler même en étant malade – au cours de l’année scolaire 2021-2022.

Plusieurs ont cherché à compenser alors que l’on constate qu’entre 4 % et 19 % déclarent avoir augmenté leur consommation de substances psychoactives, selon la substance (nicotine, cannabis, alcool, autres substances pour réduire l’anxiété, l’insomnie ou remonter le moral).

Aussi, 17 % des répondants avaient, au moment de la collecte de données, mentionné avoir eu l’intention de quitter leur emploi et de changer de domaine au cours de la prochaine année.

Pénurie de main-d'oeuvre

Bien que la pandémie et, surtout, les mesures sanitaires et toutes les tensions qui en résultaient soient derrière nous, les enseignants demeurent soumis à des niveaux de stress pouvant entraîner de la détresse psychologique, ne serait-ce qu’en raison du manque de personnel et de la charge de travail qui en résulte.

Les chercheurs signalent d’ailleurs que leur étude «apporte un éclairage sur les cibles possibles à considérer dans un programme de prévention ou plan d’action, principal mécanisme de prévention prévu par la LSST (Loi sur la santé et la sécurité du travail)». On y suggère notamment de se pencher sur des mesures visant la réduction de la charge de travail et un meilleur équilibre travail-vie personnelle.

Plusieurs répondants ont fait part d’un sentiment de ne pas être valorisé et les chercheurs invitent à une réflexion sur «un accroissement de la reconnaissance et du sens au travail». Enfin, selon eux, «des mesures soutenues pour prévenir toutes les formes de violence au travail pourraient être des pratiques de prévention et de promotion prometteuses à considérer» dans un éventuel programme de prévention ou plan d’action.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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