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Selon l'Institut national de santé publique du Québec

Hausse du nombre de travailleurs exposés à des niveaux de bruit dangereux au Québec

Hausse du nombre de travailleurs exposés à des niveaux de bruit dangereux au Québec
Photo: La Presse Canadienne, 2025
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Le taux de travailleurs exposés au bruit intense est en augmentation au Québec, ce qui peut avoir des impacts sur leur santé auditive, notamment de développer de la surdité à un jeune âge.

Un récent rapport de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a fourni des estimations de la prévalence de l'exposition au bruit intense en milieu de travail. Les auteurs se sont basés sur l’Enquête québécoise sur la santé de la population 2020-2021 en la comparant avec l'édition de 2014-2015.

Les résultats montrent que l'exposition de la main-d'œuvre au bruit intense est en hausse depuis 2014-2015, passant de 7,7 % à 8,6 % des travailleurs de 15 ans ou plus qui rapportent être exposés souvent ou tout le temps à du bruit intense au travail. Cela représente 340 000 travailleurs qui œuvrent dans des milieux de travail potentiellement dangereux pour leur audition.

«Ce n'est pas une mesure objective du niveau de l'intensité. C'est vraiment une approximation qu'ils font», nuance Ronald Choquette, qui est professeur retraité à l'école d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal.

Dans son document, l'INSPQ précise qu'elle entend par bruit intense s'il est souvent ou tout le temps «difficile de tenir une conversation à quelques pieds de distance, même en criant. Ceci correspond à un niveau d’exposition au bruit estimé à au moins 85 décibels.»

«C'est beaucoup, commente M. Choquette. Je veux dire 85 décibels, c'est un niveau que si tu es exposé huit heures par jour, tu peux développer une surdité du haut bruit.» Il souligne qu'il n'est pas rare que des ouvriers travaillent jusqu'à 12 heures par jour, ce qui augmente encore plus leur risque de surdité.

«À chaque fois que tu augmentes de 3 décibels, il faut que tu diminues le temps de moitié. Ça veut dire que si tu travailles plus longtemps, il faut que le niveau de bruit soit plus faible. Dans notre domaine, on appelle ça une question de dose. C'est le niveau d'intensité du son par rapport à la durée d'exposition. Plus le niveau sonore augmente, plus ton temps d'exposition devrait être réduit. Ou si le temps augmente, ton niveau d'exposition devait être réduit aussi», explique M. Choquette.

Prévalence plus élevée pour certaines professions

M. Choquette estime que l'augmentation des travailleurs exposés au bruit intense est due en partie à «un boom au niveau de la construction», autant «de la construction domiciliaire ou la construction d'édifices ou d'entreprises».

Or, on observe une augmentation de l’exposition au bruit dans presque tous les secteurs d’activité économique, même dans des domaines comme l'information, les arts, la santé, la finance, les assurances, l'enseignement, etc.

Certaines industries sont tout de même beaucoup plus concernées par des niveaux sonores trop bruyants. Le rapport de l'INSPQ a identifié 20 professions qui se démarquent par une prévalence élevée d’exposition à du bruit intense en milieu de travail, dont plusieurs sont dans le domaine de la construction. On retrouve aussi des emplois dans des secteurs de la fabrication, notamment de papier, première transformation des métaux, produits en plastique et en caoutchouc, aliments et boissons, etc.

Parmi les autres domaines à risque, il y a: l'extraction minière, en carrière et extraction de pétrole et de gaz; la foresterie, l'exploitation forestière et les activités de soutien et scieries; ainsi que les activités de soutien au transport, par exemple, le personnel des opérations du transport ferroviaire.

Comment se protéger ?

Pour se protéger, le rapport suggère que la meilleure chose est de réduire le bruit à la source, «mais ce n'est pas toujours évident», soutient M. Choquette, qui par ailleurs siège au conseil d'administration d'Audition Québec.

Il existe aussi des bouchons et des coquilles antibruit que les travailleurs doivent porter sur leur lieu de travail. Toutefois, la protection de ces équipements n'est pas infaillible.

«Le problème de ces outils, c'est qu'il faut qu'ils soient bien utilisés. Il y a une manière de placer les bouchons parce que s'ils ne les placent pas bien, ils perdent beaucoup de leur efficacité. [...] Si c'est mal utilisé, ça entraîne comme une fausse sécurité», explique le spécialiste.

Par exemple, un travailleur qui est exposé à 95 décibels et qui porte des bouchons pourrait croire qu'il opère dans un niveau de bruit sécuritaire puisque son équipement lui enlève 15 décibels. Cependant, mal placés, les bouchons pourraient réduire le niveau sonore de seulement 5 décibels, ce qui est jugé dangereux pour son audition.

Les coquilles ont aussi certaines limites, puisque les travailleurs vont souvent les enlever pour se parler entre eux ou s'il fait très chaud et qu'ils travaillent à l'extérieur.

La conclusion du rapport rappelle l’importance pour les milieux de travail et pour les ressources en santé-sécurité de poursuivre leurs efforts visant à protéger la santé auditive des travailleurs et prévenir la surdité. M. Choquette croit qu'il faut un meilleur monitorage sur le terrain pour «s'assurer que les travailleurs utilisent bien la protection auditive» et qu'il s'agit d'«une vraie bonne protection».

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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