Amélie Morin, doctorante en biologie végétale
Une doctorante étudie les impacts des fleurs sur la santé des bourdons
Par La Presse Canadienne
Une doctorante de l'Université Laval étudie l'alimentation et la santé des bourdons dans le but de fournir des recommandations aux producteurs agricoles de fleurs nutritives pour ces pollinisateurs, dont certaines espèces sont en péril au Québec.
La chercheuse s'attarde aussi aux fleurs médicinales qui pourraient guérir des bourdons, alors qu'une espèce en péril pourrait être davantage malade.
Amélie Morin, doctorante en biologie végétale à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l’Université Laval, a commencé à étudier les bourdons en 2022 dans le cadre de sa maîtrise, alors que des producteurs agricoles qui faisaient des bandes fleuries se demandaient si elles étaient efficaces pour les bourdons.
Plus de 20 espèces de bourdons se trouvent au Québec. Au fédéral comme au provincial, des espèces de ce pollinisateur sont inscrites sur des listes d'espèces en péril, a précisé la doctorante.
Pendant deux étés, Mme Morin a étudié la diversité et l'abondance des bourdons ainsi que l'attractivité des différents types de fleurs.
«Au départ, l'étude sur les bandes fleuries, c'était vraiment de voir si les bandes fleuries en place en ce moment en Montérégie fonctionnaient pour aider les pollinisateurs ou les bourdons spécifiquement. Puis ce qu'on a vu, c'est que oui, ça aide vraiment à attirer une plus grande diversité, puis une plus grande abondance», a détaillé la chercheuse. Toutefois, des questions restaient sans réponse.
«Les producteurs ont continué à s'intéresser, à poser plein de questions, puis à se dire: “Oui, mais là, sont-ils en santé? Dans le long terme, est-ce que ça va continuer à bien aller? ”», a expliqué Mme Morin.
Mme Morin a pu poursuivre ses recherches dans le cadre d'un passage accéléré au doctorat. Son doctorat, réalisé sous la direction de Valérie Fournier, professeure de la Faculté des Sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval, ainsi que sous la codirection de Mathilde Tissier, affiliée au Centre national de la recherche scientifique en France, comporte des objectifs multiples, qui consistent à évaluer l'état de santé des bourdons.
La chercheuse a ainsi effectué des tests comportementaux auprès des bourdons à l'été 2024 et 2025, et prévoit compléter sa collecte de données cet été.
Elle a élaboré une méthodologie non létale dans le but d'effectuer des tests sur ces pollinisateurs. Mme Morin s'est rendue dans des milieux agricoles, mais aussi dans des villes, afin de capturer des bourdons, réaliser ces tests et les relâcher en moins d'une heure.
Cette méthode consiste à capturer un bourdon et lui faire effectuer un test de comportement. Ensuite, si du pollen se trouvait sur les pattes arrière du bourdon, la chercheuse a pu le récolter pour l'analyser et identifier les nutriments qui s'y trouvent. Enfin, la doctorante a pu récolter des excréments de bourdons pour analyser en laboratoire, par exemple, si des virus s'y trouvaient.
Mme Morin est actuellement en train de rédiger un guide pour les producteurs agricoles et prévoit terminer sa thèse de doctorat l'été prochain.
Trouver des fleurs nutritives
Jusqu'à présent, Mme Morin a pu constater dans ses recherches qu'outre l'attractivité des fleurs pour les bourdons, leur aspect nutritif est important.
Tout comme pour l'alimentation humaine, certaines fleurs sont meilleures que d'autres, mais tout est dans la nuance.
«On regarde beaucoup le ratio protéine par lipide, ou protéine par gras. On veut quelque chose de pas nécessairement trop gras. Mais en même temps, c'est bon du gras, comme pour l'humain, on en a aussi besoin, a détaillé Mme Morin. On cherche plus quelque chose d'équilibré.»
La doctorante travaille à élaborer des recommandations sur les types de fleurs que pourraient planter les producteurs agricoles pour venir en aide aux bourdons, en tenant compte de ce qu'ils cultivent déjà.
«Par exemple, les vergers, c'est super protéiné, a indiqué Mme Morin. On n'ira pas recommander une autre fleur riche en protéines pour que les bourdons mangent seulement quelque chose de protéiné, juste du steak à l'infini, mettons. On va aller recommander quelque chose qui a des vitamines ou qui est plus complémentaire.»
La population générale peut aussi faire sa part, a indiqué la chercheuse. Elle recommande notamment une pelouse diversifiée, qui comporte du trèfle. Les arbres et les arbustes, tout comme les plantes indigènes au territoire québécois, sont aussi bénéfiques pour les bourdons. Elle a ajouté que la littérature montre actuellement que le tournesol est la fleur qui semble le mieux réduire les agents pathogènes.
«Il y a plein de choses, plein d'options. Tant que vous plantez des fleurs!»
Des bourdons en péril plus malades
Les résultats de la première année de tests comportementaux auprès des bourdons montrent qu'une espèce en péril, le bourdon terricole, a significativement plus un agent pathogène.
«On parle de plus de la moitié des individus qui sont infectés, alors que pour les autres espèces, on est en bas d'à peu près 10 %. Donc, cette espèce-là semble plus malade, ce qui était aussi le cas dans la littérature, mais on ne l'avait pas vu au Québec», a expliqué Mme Morin
La chercheuse a indiqué que la situation n'est pas sans espoir, car il y a des fleurs qui peuvent permettre de se débarrasser d'agents pathogènes.
«Dans des tunnels, on a testé si on leur donnait vraiment ces fleurs que la littérature considère comme médicinales. Est-ce que oui, vraiment, sur nos espèces au Québec, sans les gaver ou quoi que ce soit, ça diminue leur charge en agents pathogènes et améliore leur état de santé? On va venir confirmer ça. Si oui, quels sont les mélanges d'aménagement fleuris adaptés, équilibrés, les meilleurs pour tout ça?»
Coralie Laplante, La Presse Canadienne



