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Selon une étude de l'IRIS

La contraception gratuite coûterait 22 millions $ à l'État québécois

Étude de l'IRIS: la contraception gratuite coûterait 22 millions $ à l'État québécois
Photo: La Presse Canadienne
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Rendre la contraception gratuite à travers la province coûterait environ 22 millions $ à l'État québécois, calcule l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans un rapport publié jeudi, qui s'intéresse aux répercussions de la gratuité des contraceptifs sur l’économie et la population du Québec.

Cela prend en compte les sommes à débourser, mais aussi les économies qui en découleraient, notamment par rapport aux grossesses non planifiées. Si Québec rendait la contraception gratuite, excluant le condom, le timbre hormonal et d'autres méthodes peu courantes, il réduirait d’environ le quart les grossesses non planifiées.

Le rapport de l'IRIS souligne que les grossesses non planifiées comportent plus de risques pour les femmes et pour le foetus. Elles sont aussi des sources d'appauvrissement et de détérioration de la santé physique et mentale.

«En mettant en place la contraception gratuite, c'est une façon de reconnaître que la contraception est un enjeu de santé publique qui affecte l'ensemble de la population, les femmes qui l'utilisent, les hommes qui en bénéficient, la société au complet qui doit vivre avec les conséquences des grossesses non planifiées», fait valoir l'autrice de l'étude et chercheuse à l'IRIS, Eve-Lyne Couturier.

Elle anticipe que plus de femmes adopteront des méthodes de contraception efficaces si celles-ci sont gratuites. L'implant et le stérilet, par exemple, coûtent quelques centaines de dollars et ont une efficacité qui frôle les 100 %.

Plus de stérilets, moins de pilules

Dans un tableau qui compare le taux d'utilisation projetée des contraceptifs les plus populaires, on constate qu'entre la première et la cinquième année de l'implantation de la contraception gratuite au Québec, il y aurait une diminution de 7,5 points de pourcentage pour la pilule contraceptive, une baisse de 3,9 points de pourcentage du «rien involontaire», tandis qu'on observe une hausse de 8,6 points de pourcentage pour le stérilet, une augmentation de cinq points de pourcentage pour le stérilet au cuivre et un gain de 2 points de pourcentage pour l'implant.

On estime qu’entre 39 et 45 % des grossesses non planifiées sont interrompues volontairement. Au Québec, un avortement coûte entre 500 et 1000 $, indique Mme Couturier. L'un des bénéfices de la contraception gratuite est de diminuer le nombre de grossesses non planifiées, et par conséquent, le nombre d'avortements.

«D'après les recherches internationales qui ont été faites sur des programmes qui rendaient la contraception gratuite, ça fait que les femmes choisissent généralement des méthodes qui sont plus efficaces, des méthodes à longue durée, comme le stérilet, l'implant, l'injection dans une moindre mesure. Et ça permet donc de réduire le nombre de grossesses non planifiées, puisque la protection est meilleure», explique-t-elle.

Eve-Lyne Couturier précise que la première année d'implantation de la gratuité de la contraception coûterait plus cher puisque beaucoup de femmes — qui sont actuellement bloquées par les coûts élevés des méthodes de contraception à longue durée — changeraient leur méthode de contraception. Pour les années subséquentes, le coût serait moindre. Par exemple, pour l'année cinq de l'implantation, cela coûterait 10,6 millions $ au gouvernement, selon l'IRIS.

Le coût de 22 millions $ exclut par ailleurs la gratuité des condoms, pour lesquels il faudrait ajouter environ 4 ou 5 millions $ par année. La gratuité des préservatifs aurait toutefois des bénéfices à long terme (et des économies de coûts pour l'État) puisque cela engendrerait une diminution des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

«Ça a des impacts de santé publique sur le système de santé, sur la qualité de vie des gens qui vivent avec les infections, les gens qui sont autour, qui vivent avec les personnes qui sont infectées», souligne Mme Couturier.

De l'argent disponible au fédéral

En 2024, le gouvernement fédéral a mis sur pied un programme d'assurance médicaments qui couvre entre autres les contraceptifs. Pour l'instant, la Colombie-Britannique, l’Île-du-Prince-Édouard, le Manitoba et le Yukon ont signé une entente avec le fédéral.

«Donc, il existe aussi de l'argent, rappelle Mme Couturier. On a vu le gouvernement de [Christine] Fréchette faire des ententes sur les infrastructures, sur le transport en commun. On les invite à faire d'autres ententes, cette fois-ci sur la contraception et sur les médicaments. Ça serait au bénéfice de l'ensemble de la société.»

Présentement, au Québec, le régime public offre gratuitement des contraceptifs aux personnes de moins de 18 ans, à celles de 25 ans et moins qui étudient à temps plein sans régime privé si elles vivent encore chez leurs parents, ainsi qu’à celles qui sont bénéficiaires d’assistance financière de dernier recours. L'IRIS mentionne toutefois que cette population représente une minorité de personnes qui voudraient utiliser la contraception et que l'information n'est pas connue de toutes.

D'autre part, le rapport insiste sur la nécessité d'avoir une stratégie d’éducation à la sexualité et des services de soins sexuels bien répartis à travers la province.

«Si on veut avoir une vraie politique de santé sexuelle, la réduction de la barrière du coût pour l'accès aux méthodes de contraception est une étape, mais ce n'est pas suffisant, affirme Mme Couturier. Il faut aussi améliorer la connaissance des méthodes de contraception et c'est aussi un vecteur d'égalité entre les hommes et les femmes de rendre la question de la santé sexuelle une question dont on peut débattre dans la sphère publique, dont on peut se poser des questions, en discuter avec son partenaire sexuel [...] ou ses amis. Pour ça, il faut avoir l'information nécessaire parce que sinon on parle de quoi?»

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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