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Rapport de la firme d’économistes Aviseo Conseil

Plus d'argent en prévention permettrait d'éviter 950 000 cas de maladies chroniques

durée 18h00
19 juin 2026
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Par La Presse Canadienne

Si le gouvernement investissait davantage en prévention — plus précisément une croissance annuelle des dépenses de prévention de l'ordre de 10 % — il pourrait éviter 950 000 cas de maladies chroniques d'ici 2035. Il s'agit d'un levier important alors que le système de santé est sous pression.

C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport de la firme d’économistes Aviseo Conseil, publié mercredi et réalisé pour le compte de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), de Cœur + AVC et de la Fondation québécoise du cancer.

«C'est un chiffre un peu épeurant, admet Thomas Bastien, directeur général de l'ASPQ. C'est un chiffre aussi qui nous ramène à la réalité qui est, si on veut abaisser la pression sur notre système de santé, il y a des solutions concrètes qui peuvent être mises sur le terrain dès maintenant.»

Dans le scénario où le gouvernement garderait le statu quo, le nombre de cas de maladies chroniques poursuivrait sa progression, passant de 2,8 millions en 2025 à près de 3,9 millions en 2035.

Pour faire les projections, le rapport s'est appuyé sur une revue systématique de 52 études économiques portant sur des interventions de santé publique.

Puisque toutes les études n'arrivent pas aux mêmes conclusions, le rapport dresse trois scénarios, et les 950 000 cas de maladies chroniques évitables est le plus réaliste. Dans le scénario le plus prudent, 340 000 cas de maladies chroniques seraient évités en dix ans, tandis que le scénario optimiste projette que cela pourrait grimper à 1,9 million de cas évités.

Diminution jusqu'à 7 % de la mortalité

M. Bastien met de l'avant que 60 % des décès dans le système de santé sont liés à des maladies chroniques. «On a des personnes qui viennent régulièrement dans le système de santé, qui souffrent régulièrement de leur côté et qui, d'une manière ou d'une autre, sont présentes de manière très forte dans le système, dit-il. Donc, il y a une grande conversation à avoir sur cet accompagnement ou cette prévention de maladies chroniques, et c'est ce que demande le rapport justement.»

La prévention représente actuellement moins de 3 % des dépenses de santé.

«Nous, on considère que si on hausse de 10 % les dépenses en matière de prévention qui, aujourd'hui, totalisent un peu plus de 1 milliard $, donc on parle de 100 millions $ par année pour les premières années, on arriverait à réduire jusqu'à 7 % la mortalité», rapporte le directeur général de l'ASPQ.

Les dépenses en santé ont augmenté de 5,6 % par an entre 2000 et 2025, passant de 21,7 milliards $ à plus de 84 milliards $. Le rapport mentionne que cela reflète les besoins en soins qui sont croissants, entre autres à cause du vieillissement de la population et de la progression des maladies chroniques.

«Le gouvernement a la capacité d'investir ce montant», croit M. Bastien, donnant en exemple que Québec pourrait aller chercher des revenus supplémentaires en taxant les boissons sucrées. «Le rapport le démontre très bien, c'est un sous-investissement chronique en matière de prévention qui fait qu'aujourd'hui, si on n'intervient pas, on va se retrouver avec un réseau de la santé qui va, dans les dix prochaines années, être encore plus fragilisé», prévient-il.

Le rapport recommande toutefois d'y aller progressivement, augmentant les dépenses de prévention de 2,9 % à environ 5 % du budget sur un horizon de cinq à dix ans, puis progressivement atteindre la croissance annuelle des dépenses de 10 %.

Meilleure santé, meilleure productivité au travail

Le rapport pointe par ailleurs que «le système de santé demeure largement orienté vers le traitement des maladies plutôt que vers leur prévention, ce qui contribue à entretenir une dynamique de dépenses croissantes en intervenant principalement en aval, une fois les problèmes de santé installés».

«Ce sont des choix des sociétés où on a préféré guérir et on a trouvé ça beaucoup plus valorisant de guérir plutôt que de prévenir», regrette M. Bastien. Il ajoute cependant qu'un «changement extraordinaire» est en train de s'opérer sur le terrain, c'est-à-dire qu'on se rend compte que la prévention est l'avenir du système de santé.

Les économistes s'intéressent de plus en plus à l'impact de la prévention dans les autres sphères d'activité du gouvernement, comme l'éducation et l'économie. Une population en meilleure santé sera plus productive au travail, par exemple.

Selon le rapport, il y a un retour sur investissement médian de 14,3 $ pour chaque dollar investi en prévention.

Il existe un éventail de champs d'action en matière de prévention. On peut miser sur la vaccination, le dépistage précoce, des campagnes promotionnelles peuvent être mises sur pied et des politiques publiques peuvent être développées.

D'ailleurs, M. Bastien estime que la Stratégie nationale de prévention en santé, dévoilée en mai dernier, est excellente. «Le seul bémol qui a été véhiculé par la grande majorité des organisations, c'est qu'avec le montant qui est mis sur la table par le gouvernement aujourd'hui, on a peur que ce ne soit pas suffisant», nuance-t-il. Québec a prévu une enveloppe de 252 millions $ sur cinq ans pour réaliser le plan d'action de sa stratégie.

Selon M. Bastien, le rapport de Aviseo arrive à un «très bon moment», à l'aube des élections provinciales. Il espère que les constats qui s'en dégagent vont alerter et guider les futurs décideurs.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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