Armes à feu: une manifestation samedi pour contester les interdictions d'Ottawa

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Des personnes opposées à l'interdiction des armes à feu et au programme d'indemnisation du gouvernement fédéral prévoient un rassemblement à Québec, samedi, accusant Ottawa de cibler injustement les propriétaires d'armes respectueux de la loi.
L'événement aura lieu environ six semaines après le début de la période d'inscription permettant aux propriétaires d'armes à feu de participer à un programme fédéral leur offrant une compensation financière en échange de la remise ou de la désactivation permanente d'armes à feu qu'Ottawa considère comme étant réservées aux champs de bataille.
Le rassemblement, qui se tiendra devant l'Assemblée nationale du Québec, aura également lieu quelques semaines seulement après une tuerie en Colombie-Britannique, ce qui a suscité des critiques quant au choix du moment.
Depuis mai 2020, le gouvernement libéral a interdit environ 2500 types d'armes à feu, dont l'AR-15 et le Ruger Mini-14. Les armes à feu et dispositifs prohibés doivent être éliminés – ou désactivés – d'ici la fin de la période d'amnistie, le 30 octobre.
Selon l'Association canadienne pour les armes à feu, désarmer les Canadiens respectueux des lois dans l'espoir de dissuader les criminels équivaut à trouver des boucs émissaires à des fins idéologiques et non à une politique de sécurité publique.
«Québec est au cœur des événements à venir. Votre participation ici façonnera l'avenir de ce programme à l'échelle nationale. C'est pourquoi le nombre compte. La présence compte. La visibilité compte», a déclaré l'organisation dans un communiqué publié sur son site web en appui au rassemblement.
«Si vous croyez que les citoyens respectueux des lois ne devraient pas servir de boucs émissaires, soyez présents.»
Des messages en ligne indiquent que les participants arriveront en autobus d'une vingtaine de localités québécoises.
«Le Québec est l'épicentre de la confiscation des armes à feu, a soutenu Tracey Wilson, de la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu, sur les réseaux sociaux. Nous devons rester unis avec nos amis et camarades défenseurs des armes à feu au Québec! Joignez-vous à moi et à des milliers d'autres personnes pour manifester contre cette confiscation ce samedi.»
Un défenseur des droits des armes à feu a lancé une campagne de financement participatif sur GoFundMe afin de recueillir 11 000 $ pour l'événement.
«Insensible et irrespectueux»
Les partisans du contrôle des armes à feu, quant à eux, remettent en question la pertinence d'organiser un tel rassemblement quelques semaines seulement après la tuerie à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, qui a coûté la vie à neuf personnes.
L'événement, qui promet drapeaux, musique et camions de cuisine de rue, «est incroyablement insensible et irrespectueux à un moment où les membres des familles des victimes, les survivants, la communauté de Tumbler Ridge ainsi que d'innombrables autres Canadiens sont en proie au traumatisme et au chagrin», a déploré le groupe de contrôle des armes à feu PolySeSouvient dans un communiqué.
Le moment choisi pour ce rassemblement, ses justifications et l'atmosphère festive qu'il promeut seront perçus comme une insulte par les survivants de tueries et par tous ceux dont la vie a été bouleversée par la facilité d'accès aux armes à feu, a déclaré PolySeSouvient.
«Il est honteux qu'à la suite de cette tragédie, les groupes proarmes choisissent ce moment pour poursuivre leur campagne visant à empêcher le retrait de la circulation des armes d’assaut qui sont communément utilisées dans les fusillades de masse et qui ont été interdites pour des raisons de sécurité publique», a ajouté le groupe.
Dans un message vidéo publié sur le site web de l'organisation, Ginger Fournier, directrice générale de l'Association canadienne pour les armes à feu, explique que les propriétaires d'armes à feu au Québec sont des chasseurs, des tireurs sportifs, des agriculteurs, des collectionneurs, des membres des communautés autochtones et des Canadiens ordinaires qui respectent les exigences en matière de permis, de formation, de vérification des antécédents et d'entreposage sécuritaire.
«Ils ne sont pas le problème et ne devraient pas être traités comme tel», a affirmé Mme Fournier.
Des dizaines de milliers d'armes déclarées
En annonçant le programme le mois dernier, le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a soutenu que l'objectif était de cibler uniquement «les armes à feu conçues pour la guerre, pour tuer».
«Elles n'ont pas leur place dans nos communautés», a-t-il tranché.
Selon les autorités fédérales, quelque 19 000 marques et modèles d'armes à feu demeurent légalement disponibles pour la chasse et le tir sportif au Canada.
Près de 250 millions $ ont été alloués à l'indemnisation des participants au programme. Le gouvernement prévoit que cette somme permettra d'indemniser pour environ 136 000 armes à feu. Les propriétaires d'armes à feu prohibées ont jusqu'à la fin du mois de mars pour manifester leur intérêt.
Le gouvernement indique qu'en date de vendredi dernier, plus de 32 000 armes à feu prohibées avaient été déclarées. Parmi celles-ci, 13 219 proviennent de l'Ontario, 7368 de la Colombie-Britannique, 5539 du Québec et 2730 de l'Alberta.
«C'est un bon début», a indiqué Simon Lafortune, porte-parole de M. Anandasangaree.
La Coalition canadienne pour les droits des armes à feu affirme que le nombre d'armes admissibles à une indemnisation est bien plus élevé que ce que laisse entendre le gouvernement fédéral. Elle indique, par exemple, qu'il y a plus de deux millions d'armes à feu au Canada qui étaient auparavant sans restriction et qui sont maintenant prohibées à la suite de récentes interdictions.
M. Anandasangaree a récemment déclaré que le gouvernement maintenait son chiffre et a ajouté que «de nombreuses informations erronées» proviennent du lobby des armes à feu.
Le Québec appuie le programme fédéral d'indemnisation, mais plusieurs autres provinces et territoires – dont l'Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, l'Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador – ont rejeté le plan.
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) et la Sûreté du Québec joueront un rôle clé dans la collecte des armes à feu admissibles à une indemnisation, mais plusieurs autres services de police ont déclaré qu'ils ne participeraient pas au programme.
Jim Bronskill, La Presse Canadienne