Carney minimise la décision de Washington de suspendre le comité bilatéral de défense

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney s'est montré serein mardi face à la décision des États-Unis de suspendre brusquement un comité bilatéral de défense pour réfléchir à son avenir.
«Il s'agit d'une institution de longue date, mais je ne surestimerais pas son importance, a déclaré M. Carney lors d'une conférence de presse à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, en réponse à une question à ce sujet. Nous entretenons une coopération très étroite avec les États-Unis dans de nombreux domaines liés à la défense.»
La Commission permanente mixte de défense, qui ne s’est pas réunie depuis 2024, a été créée en 1940 en tant qu’organe consultatif pour la coopération bilatérale en matière de défense entre les États-Unis et le Canada.
Si sa suspension n’affecte pas les opérations militaires conjointes, elle porte toutefois un coup symbolique à un moment où le Canada et les États-Unis sont engagés dans un différend commercial et où les tensions bilatérales restent vives.
Dans un message publié lundi sur les réseaux sociaux, Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la politique de défense, a annoncé que le comité était suspendu et a affirmé que le Canada n’avait «pas réussi à faire de progrès crédibles concernant ses engagements en matière de défense».
M. Colby a également déclaré que les États-Unis «ne peuvent plus ignorer le fossé entre le discours et la réalité». Dans ce message, M. Colby a partagé un lien vers la transcription du discours prononcé en janvier par M. Carney au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, où le premier ministre avait appelé les puissances moyennes à s’unir face aux pressions des grandes puissances.
M. Carney a indiqué mardi qu’il existait une coopération importante entre le Canada et les États-Unis et que celle-ci se poursuivrait, mais qu’Ottawa tendrait également la main à d’autres alliés afin de diversifier la coopération en matière de défense.
M. Carney a noté que le Canada intensifierait son engagement dans des domaines critiques, tels que le soutien à la défense de l’Ukraine contre la Russie. Bien que l’Ukraine ne relève pas directement de la responsabilité de l’OTAN, M. Carney a déclaré qu’aider à sa défense était conforme aux valeurs de l'alliance.
«L'Ukraine va triompher et nous serons du bon côté de l'histoire pour cela», a-t-il affirmé.
Le premier ministre s'est également engagé mardi à continuer d'augmenter les dépenses de défense et a évoqué des projets, tels que la modernisation du NORAD, qui coûtera des dizaines de milliards de dollars.
Ottawa et l'OTAN ont annoncé ce printemps que le Canada avait atteint pour la première fois l'année dernière l'objectif de l'alliance en matière de dépenses de défense, fixé à 2 % du PIB, selon les estimations.
M. Carney a indiqué que ce chiffre s’établissait actuellement à 2,1 %.
Dans un éditorial publié lundi dans le Toronto Star, l’ancien directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a critiqué Ottawa pour ne pas avoir justifié publiquement le coût de l’augmentation des dépenses de défense par rapport au besoin de nouveaux revenus.
M. Page a écrit qu’il était «indéfendable» que le gouvernement fédéral n’ait pas encore présenté de plan financier clair pour atteindre le nouvel objectif de dépenses de défense de l’OTAN, fixé à 3,5 % du PIB d’ici 2035.
Interrogé par La Presse Canadienne au sujet de cette critique, M. Carney a répondu qu’il serait prématuré de faire des projections à si long terme à ce stade.
«Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous ne précisons pas cela immédiatement. La raison principale est que nous voulons bien dépenser cet argent.»
Le premier ministre a expliqué que la guerre moderne est sujette à des changements rapides en raison des avancées technologiques dans le domaine des drones et de l’intelligence artificielle, tel que constaté tout au long de la guerre en Ukraine.
«Si nous nous étions assis, ne serait-ce qu’en juin de l’année dernière, pour définir […] comment les forces armées auraient envisagé de dépenser 1,5 % du PIB pour la défense, cela aurait grandement ressemblé à la façon dont elles auraient répondu à cette question il y a cinq ans», a déclaré M. Carney.
«Nous n’allons pas faire cela.»
Le premier ministre a également souligné que les objectifs de dépenses de l’OTAN feront l’objet d’une révision en 2030.
— Avec des informations fournies par Erika Morris et Kelly Geraldine Malone de La Presse Canadienne
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