Climat: l'effondrement de l'AMOC inquiète les scientifiques


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Par La Presse Canadienne, 2025
MONTRÉAL — Des réductions rapides des émissions de gaz à effet de serre s'imposent pour éviter l’effondrement de l’AMOC, un important système de courants océaniques, selon une nouvelle étude scientifique.
L’effondrement de l’AMOC constituerait une catastrophe, dont on peine à mesurer les impacts, et l’étude publiée dans l’Environmental Research Letters jeudi avance qu’un tel scénario est plus probable que ce que l’on croyait.
«Les simulations montrent que le point de bascule dans les principales mers de l'Atlantique Nord se produit généralement au cours des prochaines décennies, ce qui est très inquiétant», a écrit Stefan Rahmstorf, océanographe et climatologue allemand, coauteur de l'étude.
Si les humains ne diminuent pas de façon draconienne les émissions de gaz à effet de serre, ils franchiront inévitablement le point de bascule, sans toutefois savoir quand exactement se produira la catastrophe, a résumé le professeur de l’Université McGill Eric Galbraith après avoir consulté l’étude.
«Les effets seront constatés alors qu’il sera trop tard. Imaginez que vous êtes en voiture et il y a une falaise devant. Vous savez qu’il y a une falaise, mais vous ne savez pas exactement où elle est et quelle est sa hauteur», a vulgarisé celui qui enseigne au Département des sciences atmosphériques et océaniques de l'Université McGill.
Pour éviter de se rendre au point de bascule, «il faut mettre les freins» et «arrêter de consommer des combustibles fossiles», a expliqué Eric Galbraith.
De l'eau plus chaude et plus douce
L’AMOC est un ensemble de courants complexes dont le Gulf Stream et le courant du Labrador font partie et qui transportent l'eau chaude de l’équateur vers le Nord Atlantique et qui propulsent ensuite l'eau du Nord vers le Sud.
«L’eau du Nord est légèrement plus dense et plus froide que celle du Sud» et «lorsque les deux eaux se rencontrent, la plus dense plonge sous la plus légère» pour ensuite se rediriger vers le Sud par le fond de l'océan», a expliqué le professeur Marc Michel Lucotte, qui enseigne au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal.
Cette circulation des courants marins redistribue de la chaleur dans différentes régions de la planète et régule, en quelque sorte, le climat. Mais actuellement, l’AMOC ralentit en raison du réchauffement de l’atmosphère.
En effet, la fonte des glaciers de l’Arctique et une plus grande quantité de précipitations apportent plus d’eau douce dans l’océan Atlantique.
L’eau du Nord devient donc plus chaude et moins salée.
«S'il y a moins de sel dans l'eau, c'est moins dense», alors «cette eau moins dense a tendance à remonter et à ne plus redescendre vers le fond», ce qui ralentit la circulation méridienne de retournement de l'Atlantique, a expliqué Eric Galbraith.
Une catastrophe à l'horizon
Le ralentissement de l’AMOC jusqu’à son effondrement était la prémisse du film catastrophe de 2004, scientifiquement inexact, «Le jour d’après».
Si ce courant marin venait à s’interrompre, les changements climatiques ne seraient pas aussi brusques et rapides que dans le film du réalisateur Roland Emmerich.
Mais les conséquences seraient tout de même dramatiques.
Le nord de l’Europe deviendrait beaucoup plus froid, mais «de façon générale, le monde se réchaufferait», a souligné le professeur Galbraith.
L’arrêt de ce système de circulation de l'eau océanique causerait des tempêtes plus violentes et l’élévation soudaine des niveaux des mers menacerait les régions côtières de l'Atlantique Nord. Différentes études font aussi état d’impacts majeurs sur l’agriculture de plusieurs régions du monde.
«C’est très inquiétant», a indiqué le professeur Marc Michel Lucotte.
«Il y aurait un déplacement de la zone tropicale humide qui descendrait vers le Sud. Il y aurait donc des conséquences sur toutes les grandes forêts tropicales, que ce soit les forêts en Amazonie ou les forêts du bassin du Congo. Il y aurait un assèchement du climat au niveau tropical et une descente de l'humidité vers des zones plus arides», a expliqué le professeur Lucotte.
La «cerise sur le sundae», a-t-il ajouté, «c'est que l’AMOC contribue énormément à l’absorption de CO2 dans l’océan, donc plus l’AMOC ralentit, plus il y a du CO2 dans l’atmosphère».
Pour résumer, la crise climatique cause le ralentissement de l’AMOC qui, lui, alimente la crise climatique.
«La crise climatique, c’est compliqué, mais les solutions ne sont pas compliquées, il faut simplement arrêter de brûler du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Si on arrête ces trois choses, l’AMOC va continuer à être stable», a indiqué le professeur Galbraith.
«Il faut absolument ralentir nos émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, mais on n'est pas du tout parti dans le bon sens», a ajouté le professeur Lucotte.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne