Des élèves de l'Ontario contribuent à la reconstitution de la population de saumons
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Par La Presse Canadienne, 2026
AJAX, ONT — Un matin ensoleillé du mois dernier, Ben Teskey se tenait sur une pelouse verdoyante près d’une forêt dense à l’est de Toronto, entouré de plusieurs dizaines d’élèves et d’une poignée d’enseignants, tous rayonnants d’enthousiasme.
«Nous voici réunis pour le grand jour!», a-t-il déclaré à la foule rassemblée à la réserve naturelle de Greenwood, à Ajax, en Ontario.
«Qu’est-ce qu’on va relâcher?», a-t-il demandé. «Du saumon de l’Atlantique!», ont crié les élèves.
En janvier dernier, plus de 100 œufs de saumon avaient été placés dans un bac d’incubation à l’intérieur d’un réservoir d’eau posé sur une table dans la classe de 6e année de Pam Freitag, à l’école publique Sunderland de Brock, en Ontario.
Pendant cinq mois, les élèves se sont occupés des œufs, vérifiant quotidiennement la température de l’eau et le niveau d’oxygène, puis ont nourri les poissons après leur éclosion. Ils ont tenu un journal de bord, s’assurant que les aérateurs, les refroidisseurs et les filtres fonctionnaient correctement, et alertant la direction de l’école lorsqu’ils constataient un problème avec le filtre un jour où leur enseignante était absente.
Tout ce travail acharné a porté ses fruits.
À la fin mai, le groupe s’est réuni sur les rives de Duffins Creek, un cours d’eau qui se jette dans le lac Ontario, pour célébrer la réussite du projet — et un nouveau départ pour 93 petits poissons en route vers leur habitat définitif.
«Je vous suis vraiment reconnaissant et je vous admire pour avoir fait preuve d’une telle attention», a lancé M. Teskey aux élèves.
Chaque année, des œufs de saumon sont confiés à plus de 80 classes à travers la province dans le cadre du programme de restauration du saumon de l’Atlantique du lac Ontario de la Fondation de la Fédération des pêcheurs et chasseurs de l’Ontario, coordonné par M. Teskey. Ce programme fait partie des nombreuses initiatives menées par la fondation pour restaurer la population de saumon de l’Atlantique.
Mme Freitag, l’enseignante qui dirige ce projet à l’école publique de Sunderland depuis plusieurs années, a constaté que les élèves avaient hâte d’être dans sa classe en partie grâce à ces poissons.
«Les élèves font déjà preuve d’un immense enthousiasme dès le début du projet, et celui-ci ne fait que grandir depuis le jour où ils reçoivent les œufs jusqu’au jour où le projet se termine», a-t-elle indiqué.
Si l’objectif principal est d’apprendre aux enfants à être de «bons gardiens» de l’environnement, Mme Freitag a souligné qu’il y avait là une autre leçon précieuse à tirer.
«Je pense sincèrement que ce programme contribue à développer un sentiment d’empathie, à comprendre la valeur de la vie et à prendre conscience de la manière dont nous pouvons tous contribuer à soutenir les autres êtres vivants», a-t-elle déclaré lors d’une entrevue réalisée dans sa classe en mars.
Tous les élèves ont participé cette année, mais deux d’entre eux — Emma Mitchell et Eric Batpie, dont les frères et sœurs aînés avaient déjà participé par le passé — se sont montrés particulièrement enthousiastes, a précisé Mme Freitag.
Emma a dit que son intérêt venait de son amour des animaux et de la nature.
«Les saumons sont en danger, alors je veux aider à les réintroduire», a-t-elle déclaré, debout près du bassin, quelques mois après le début du projet.
L’idée de les relâcher la rend «un peu triste», mais aussi «heureuse qu’ils puissent vivre dans une rivière et un ruisseau, et qu’ils puissent manger de la vraie nourriture et nager davantage», a-t-elle ajouté.
Eric a, quant à lui, expliqué qu’il souhaitait lui aussi participer à un projet en faveur de la nature.
«Ce sont des êtres vivants, alors nous devons les garder en vie et en réintroduire davantage. C’est amusant de s’en occuper et de les nourrir tous les jours», a-t-il affirmé.
Une partie du programme consistait à découvrir l’histoire de la population locale de saumons, et M. Teskey a fait un dernier récapitulatif avant l’événement principal.
Le lac Ontario abritait autrefois la plus grande population de saumon de l’Atlantique en eau douce au monde, a-t-il expliqué au groupe. La profondeur du lac, ses eaux propres et froides, l’abondance de nourriture et, surtout, ses réseaux fluviaux où les saumons pouvaient frayer en faisaient un habitat idéal pour l’espèce, a-t-il précisé.
Les peuples autochtones ont pêché dans ce lac de manière durable pendant des milliers d’années, en laissant suffisamment de poissons pour qu’ils puissent frayer et se reproduire, a indiqué M. Teskey.
Les colons européens sont ensuite arrivés sur les rives des Grands Lacs. S’en est suivie une ère de surpêche, de déforestation, de pollution et de construction de barrages, qui a abouti à l’extinction locale du saumon de l’Atlantique dans le lac Ontario à la fin du XIXe siècle, a-t-il raconté.
M. Teskey a enfilé des cuissardes avant de guider le groupe le long d’un sentier dans une zone densément boisée, puis vers la rive.
À genoux dans l’eau peu profonde, M. Teskey a soulevé le couvercle d’une boîte en plastique remplie d’alevins de saumon, qu’il a prélevés un par un à l’aide d’un gobelet en plastique. Le gobelet a circulé entre les élèves et les enseignants, chacun ayant ainsi l’occasion de relâcher un poisson dans le ruisseau.
Chaque élève tenait le gobelet pendant moins de 30 secondes, observant attentivement ces créatures de la taille d’un doigt de bébé.
«Créez un petit lien avec ce poisson, établissez un contact visuel avec lui, donnez-lui un nom», a demandé M. Teskey aux élèves, qui avaient formé une longue file pour attendre leur tour.
Certains ont donné à leur poisson le nom de personnages de dessins animés, tandis que d’autres ont choisi des noms de marques de luxe, comme Chanel et Gucci. L’un d’entre eux a baptisé le sien d’après le rappeur et acteur américain 50 Cent.
Eric a baptisé son poisson Elmo, en référence au personnage populaire de l’émission pour enfants «Sesame Street». Il a confié que le poisson lui manquerait «un peu» après l’avoir relâché.
«Mais pas trop, car ils partent vers un endroit meilleur où ils auront une vie meilleure», a-t-il ajouté.
Sharif Hassan, La Presse Canadienne