Des médecins font le point sur le décès d'un enfant de la rage en Ontario en 2024

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — Les médecins recommandent fortement aux personnes ayant été en contact avec des chauves-souris de consulter un médecin afin de prévenir tout risque d'infection par la rage.
Dans le numéro de lundi du Journal de l'Association médicale canadienne, des spécialistes des maladies infectieuses ont détaillé le cas d'un enfant décédé de la rage il y a près de deux ans.
«Il était important pour nous, ainsi que pour la famille, de saisir cette occasion pour tirer des enseignements de ce cas afin de contribuer à sensibiliser le public et à mieux faire comprendre l’infection par la rage et ses risques», a déclaré le Dr Brian Hummel, auteur principal du rapport et médecin spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques à l’hôpital pour enfants McMaster de Hamilton.
Selon le rapport de cas, le garçon de 11 ans se trouvait dans un chalet du nord de l’Ontario pendant l’été 2024 lorsqu’il a été réveillé par une chauve-souris posée sur son nez et sa bouche.
Il a chassé la chauve-souris d’un geste de la main et son père l’a attrapée dans un récipient avant de la relâcher à l’extérieur.
Les parents n’ont constaté aucune égratignure ni morsure sur le visage de leur fils et n’ont pas trouvé que la chauve-souris se comportait de manière inhabituelle; ils n’ont donc pas pensé à la rage et ne l’ont pas emmené chez le médecin à ce moment-là.
Près de trois semaines plus tard, le garçon a commencé à ressentir des picotements, un engourdissement et un gonflement du côté droit de son visage.
Un professionnel de santé d’un centre de soins d’urgence a pensé qu’il souffrait peut-être d’une paralysie de Bell – une paralysie temporaire d’un côté du visage pouvant être causée par des infections virales – et lui a prescrit un médicament antiviral.
Quelques jours plus tard, il s’est rendu aux urgences de l’hôpital pour enfants McMaster, souffrant de vomissements et de douleurs lors de la déglutition. Il a ensuite présenté une faiblesse faciale accrue du côté droit, ainsi qu’une élocution difficile.
Il a été admis à l’unité de soins intensifs pédiatriques et son état neurologique a continué de se détériorer. Au cinquième jour de son hospitalisation, il ne présentait plus aucun réflexe au niveau du tronc cérébral – la partie du cerveau qui régule la respiration, le rythme cardiaque et d’autres fonctions vitales de l’organisme.
Il a finalement été débranché de l’assistance respiratoire et «est décédé paisiblement, entouré de sa famille à son chevet», indique le rapport de cas.
Longue durée d'incubation
Une fois que les symptômes de la rage apparaissent, il n’existe aucun traitement ni remède, a rappelé Dr Hummel lors d’un entretien avec La Presse Canadienne.
Mais le virus a une période d’incubation relativement longue – généralement de plusieurs semaines – avant que les symptômes de la maladie ne commencent à se manifester.
Cela signifie que dans les jours qui suivent l’exposition, une série de vaccins et une dose d’anticorps peuvent enrayer l’infection.
«Si vous développez une infection symptomatique par la rage, elle est presque toujours mortelle. Mais la prévention avant l’apparition des symptômes est presque toujours efficace», a indiqué Dr Hummel.
Le virus de la rage infecte les nerfs situés autour du point d’entrée dans l’organisme, puis se propage vers la moelle épinière et le cerveau, entraînant finalement la mort.
Les chauves-souris problématiques
Il s’agit d’une «infection extrêmement rare» chez les êtres humains au Canada, avec seulement 28 cas signalés depuis 1924, a-t-il précisé.
Le cas de rage le plus récent avant celui de ce garçon de 11 ans concernait un homme décédé après avoir été en contact avec une chauve-souris en Colombie-Britannique en 2019. Aucun cas n’avait été signalé en Ontario depuis 1967.
Au Canada, lorsque des personnes sont exposées à la rage, c’est généralement par contact avec une chauve-souris, a expliqué Dr Hummel, bien que la rage puisse également être transmise par les mouffettes, les ratons laveurs et les renards.
Mais ce sont les chauves-souris qui constituent la principale source de préoccupation; tout contact physique avec elles est donc considéré comme à haut risque.
Les chauves-souris ont de minuscules dents, si bien qu’une personne peut être mordue sans même s’en rendre compte. Même en l’absence de morsure ou de griffure, la salive d’une chauve-souris peut entrer en contact avec la peau et s’infiltrer dans une coupure, ou encore dans les yeux, le nez ou la bouche.
«Chaque fois qu’une chauve-souris a touché la peau d’une personne, c’est une raison suffisante pour consulter immédiatement son médecin», a signalé Dr Hummel.
Les bénéfices de la vaccination
Les médecins généralistes collaborent souvent avec les services de santé publique pour déterminer si une prophylaxie post-exposition – c’est-à-dire une série de vaccins et l’injection d’anticorps – est justifiée.
La première injection du vaccin antirabique est administrée immédiatement, suivie d’autres injections les troisième, septième et quatorzième jours.
La vaccination aide l’organisme à développer une réponse immunitaire contre le virus de la rage, a indiqué Dr Hummel.
Mais cette réponse prend du temps à se mettre en place; c’est pourquoi le patient reçoit également une injection d’immunoglobulines, des anticorps prêts à l’emploi qui commencent immédiatement à combattre le virus.
Les effets secondaires du vaccin sont généralement légers et temporaires. Ils peuvent inclure de la fièvre, des frissons, des sueurs et un sentiment de malaise, a-t-il précisé.
Comme pour tout vaccin, il existe un risque très rare d’anaphylaxie, ce qui explique pourquoi les patients doivent rester une courte période d’observation avant de quitter leur établissement de soins après l’injection.
Les anciennes versions du vaccin antirabique présentaient un risque très faible de syndrome de Guillain-Barré – une affection rare dans laquelle le système immunitaire de l’organisme attaque ses propres nerfs. Il n’existe aucun lien de causalité connu entre ce syndrome et les vaccins antirabiques modernes, précise le rapport de cas.
«Étant donné que la rage entraîne presque à coup sûr la mort, les bénéfices l'emportent presque toujours sur les risques», a déclaré Dr Hummel.
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Nicole Ireland, La Presse Canadienne