Fin du télétravail pour des milliers de travailleurs des secteurs public en 2026

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La nouvelle année apportera son lot de changements importants quant au travail à distance pour de nombreux employés à travers le pays, notamment pour des dizaines de milliers d'employés des gouvernements provinciaux de l'Ontario et de l'Alberta, qui retourneront bientôt à temps plein au bureau.
À compter du 5 janvier, les employés du gouvernement provincial de l'Ontario devront travailler au bureau cinq jours par semaine.
La fonction publique de l'Alberta reprendra également le travail à temps plein au bureau en février afin de «renforcer la collaboration, la responsabilité et la prestation de services aux Albertains», a expliqué un porte-parole du gouvernement de l'Alberta.
Alors que plusieurs provinces, dont le Manitoba, la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick, conservent des règles de travail hybride plus souples, d'autres sont en train de revoir leurs politiques.
Un porte-parole du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a indiqué que la province examinait sa politique en matière de travail à distance.
Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest revoit également sa politique en matière de télétravail. Un porte-parole a cependant affirmé qu'il n'était pas prévu d'exiger des employés qu'ils retournent sur leur lieu de travail cinq jours par semaine.
On ne sait toujours pas quand les fonctionnaires fédéraux devront augmenter leur présence au bureau ni dans quelle mesure. Le premier ministre Mark Carney a promis le mois dernier qu'il clarifierait bientôt son plan en la matière.
M. Carney a déclaré que son gouvernement «discuterait avec les syndicats du secteur public des modalités» de la politique de retour au bureau, et que les détails du plan seraient rendus publics «au cours des prochaines semaines».
Le premier ministre n'a donné que peu d'indications sur sa position à ce sujet. Il a toutefois précisé que le temps que les fonctionnaires devront passer au bureau dépendra de leurs fonctions et de leur ancienneté.
La règle actuelle, en vigueur depuis septembre 2024, exige que les fonctionnaires fédéraux travaillent au moins trois jours par semaine au bureau, les cadres devant y être présents quatre jours par semaine.
Le président du Conseil du Trésor, Shafqat Ali, avait affirmé à La Presse Canadienne en décembre que le gouvernement fédéral n'avait pas encore décidé des détails de son plan de retour au bureau. Il a ajouté que des discussions avaient eu lieu au sein du gouvernement, mais que «rien n'avait encore été finalisé».
Plusieurs banques, dont BMO, Scotiabank et RBC, ont déjà demandé à leur personnel d'augmenter leur présence au bureau à quatre jours par semaine.
D'autres entreprises du secteur privé modifient également leurs politiques. Amazon, par exemple, exige que son personnel soit présent au bureau cinq jours par semaine à compter du 2 janvier.
Opposition syndicale
Les syndicats du secteur public provincial et fédéral se sont opposés aux obligations de retour au bureau.
Le Syndicat des employés de la fonction publique de l'Ontario, qui représente environ 40 000 fonctionnaires, affirmait dans un communiqué de presse publié août que le gouvernement provincial avait décidé d'ordonner à tous ses employés de retourner au bureau à temps plein «sans tenir compte des réalités auxquelles sont confrontés les fonctionnaires de première ligne».
Dans une déclaration, l'Alliance de la fonction publique du Canada, le plus grand syndicat fédéral du pays a déclaré que la volonté d'Ottawa de faire passer plus de temps aux employés fédéraux dans leurs bureaux était «carrément déconnectée de la réalité des fonctionnaires et des contribuables».
«Si le gouvernement essaie de changer les règles de télétravail durant les négociations, on va s’y opposer. On n’écarte aucun moyen: on les contestera en cour et dans nos milieux de travail s’il le faut», peut-on lire dans la déclaration.
Catherine Connelly, professeure et titulaire d'une chaire de recherche en gestion au département des ressources humaines et de la gestion de l'université McMaster, a prévenu qu'il fallait s'attendre à une forte opposition de la part des syndicats dans les mois à venir.
«Beaucoup de leurs membres apprécient vraiment le travail à domicile et souhaitent conserver les options de travail à distance», a expliqué Mme Connelly.
Certains employés trouvent que le télétravail leur permet d'économiser de l'argent et d'être plus productifs, a noté Mme Connelly. D'autres, a-t-elle ajouté, peuvent estimer que le télétravail nuit à leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée ou qu'ils ne parviennent pas à nouer autant de relations qu'ils le feraient sur leur lieu de travail.
Mme Connelly s'est dite incertaine quant au fait que le secteur privé continuerait à encourager la présence du personnel au bureau, car les entreprises se rendent compte que leurs employés les plus talentueux apprécient la flexibilité.
Les entreprises pourraient également commencer à étoffer leurs politiques de télétravail en ajoutant des règles supplémentaires pour les employés qui travaillent à domicile, comme l'obligation de faire garder les enfants en dessous d'un certain âge ou l'obligation pour les employés d'être joignables pendant une certaine période, a-t-elle noté.
Employés municipaux
Les municipalités sont divisées sur la question du télétravail, qui a eu des effets variés sur leur économie.
Dans la région de la capitale canadienne, où vivent un grand nombre de fonctionnaires, de nombreuses entreprises du centre-ville ont été touchées lorsque les employés du gouvernement ont travaillé à domicile pendant la pandémie de COVID-19, tandis que de nombreuses zones éloignées du centre d'Ottawa ont connu une croissance.
Le maire d'Ottawa, Mark Sutcliffe, a indiqué penser qu'il serait possible d'ajouter un ou deux jours supplémentaires au bureau. Il a ajouté que la ville travaillait à l'élargissement des options de transport en commun et à l'ouverture de la prochaine phase de son réseau de tramway.
«J'ai hâte de voir comment les plans (de retour au bureau) vont se dérouler, disait le maire en décembre. Nous voulons voir notre centre-ville prospérer et s'épanouir. Depuis la COVID, les dernières années ont été difficiles.»
Le député libéral Bruce Fanjoy, qui représente une circonscription de l'est de l'Ontario comptant plus de 10 000 fonctionnaires, a déclaré qu'il espérait que le retour des employés au bureau se ferait dans un esprit de flexibilité. Cela permettrait au gouvernement fédéral de conserver et d'attirer des employés, de gérer ses espaces de bureau et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, a-t-il fait valoir.
«Beaucoup des problèmes les plus complexes dans les villes sont dus au fait que nous exigeons que tout le monde se trouve dans un espace très restreint, soutenait M. Fanjoy le mois dernier. Le fait que les fonctionnaires soient un peu dispersés est bon pour toutes les économies de nos communautés locales.»
— Avec des informations fournies par David Baxter
Catherine Morrison, La Presse Canadienne