La ministre annonce la mise en oeuvre de modifications à «Nutrition Nord» à l'automne

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La ministre des Affaires du Nord, Rebecca Chartrand, a déclaré que des changements seraient apportés au programme «Nutrition Nord» cet automne, mais qu’ils ne se limiteraient pas à des subventions visant à réduire le coût des denrées alimentaires dans le Nord.
Mme Chartrand a fait valoir que le gouvernement fédéral examine toutes les options permettant de réduire l’insécurité alimentaire dans la région, notamment en renforçant les chaînes d’approvisionnement locales et en soutenant les producteurs.
Le programme Nutrition Nord verse des aides financières aux commerçants afin de contribuer à faire baisser le coût élevé des produits alimentaires dans 124 collectivités. Certains commerçants ont été accusés de ne pas répercuter l'intégralité de la subvention sur les articles qu'ils vendent.
Le gouvernement fédéral affirme qu’il procède actuellement à une révision du programme afin de renforcer l’économie alimentaire, de restructurer la gouvernance et de réformer les subventions.
Inuit Tapiriit Kanatami, qui représente les Inuits au Canada, a déclaré plus tôt cette année que le programme Nutrition Nord ne fonctionnait pas et qu’il devrait être supprimé.
«C’est une approche dispersée dans un contexte politique qui réclame une intervention ciblée», a déclaré le président de l’ITK, Natan Obed, à La Presse Canadienne.
«Nous voulons reprendre davantage le contrôle de ce domaine et dire: “Si le gouvernement du Canada compte dépenser un dollar pour la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire ou le bien-être des enfants, nous aimerions que cela se fasse dans le cadre de ces paramètres politiques et selon les priorités que nous avons nous-mêmes définies et qui, selon nous, auront le plus grand impact possible.”»
M. Obed a indiqué qu’il souhaitait un programme exclusivement destiné aux ménages inuits, s’appuyant sur des coopératives et d’autres détaillants alimentaires locaux. Il a ajouté qu’un tel programme donnerait aux Inuits un plus grand contrôle sur les chaînes d’approvisionnement et la fixation des prix des denrées alimentaires, et renforcerait le soutien à la cueillette ainsi qu’aux initiatives de sécurité alimentaire menées par les communautés.
Un rapport prône un revenu garanti suffisant
Aluki Kotierk, une dirigeante inuite d’Iqaluit, a été désignée représentante spéciale pour le programme Nutrition Nord par le ministère de Mme Chartrand.
Le ministère de Mme Chartrand a discrètement publié le rapport de Mme Kotierk fin juin. Dans ce document, elle plaide pour un revenu garanti suffisant et un suivi plus complet de l’insécurité alimentaire.
Elle a également demandé que la subvention fédérale s’applique à tous les produits afin de garantir que les prix des denrées alimentaires dans le Nord soient équivalents à ceux dans le Sud.
«Le Canada doit investir de façon durable dans l'Arctique pour sortir sa population de la pauvreté. On s'intéresse actuellement à la sécurité et à la souveraineté dans l'Arctique. Cet intérêt doit être maintenu», a-t-elle écrit.
«Il s'agit d'un problème canadien. La solution est un exercice d'édification de la nation. La modernisation de NNC n'est pas seulement une question de sécurité alimentaire, mais une initiative de construction de la nation qui contribue à la réconciliation, au développement économique ainsi qu'à la souveraineté et à la sécurité du Canada», a ajouté la représentante spéciale.
La ministre Chartrand a indiqué que les contributions de dirigeants inuits tels que M. Obed et Mme Kotierk, ainsi que ses propres échanges avec les habitants du Nord, l’aidaient à définir une orientation politique.
«Nous voulons nous assurer que nous ne concevons pas depuis Ottawa un nouveau programme destiné aux populations du Nord, a-t-elle déclaré jeudi lors d’un entretien avec La Presse Canadienne. Nous savons qu’une subvention à elle seule ne peut pas résoudre le problème de l’insécurité alimentaire.»
Mme Chartrand a souligné que la hausse des coûts du carburant et le manque d’infrastructures dans les communautés isolées constituaient des facteurs contribuant à ce problème. Elle a ajouté qu’à mesure que le gouvernement fédéral renforce sa présence dans l’Arctique, il faut tenir compte des habitants du Nord et veiller à ce que les infrastructures soient à double usage.
Le rapport de l’ITK révèle que les Canadiens non autochtones vivant dans l’Inuit Nunangat, le territoire des Inuits, ont un revenu individuel médian de 100 000 $, tandis que le revenu individuel médian des Inuits de la région s’élève à environ 32 000 $.
L’ITK estime le panier de consommation de l’Inuit Nunangat à 74 000 $ par an pour une famille de quatre personnes. En comparant ce chiffre aux revenus familiaux moyens, l’ITK estime qu’environ 41 % des familles vivant dans l’Inuit Nunangat étaient en situation de pauvreté en 2023, année de collecte des données.
Des réformes adaptées à chaque région
Mme Chartrand a déclaré qu’elle envisageait des réformes du programme Nutrition Nord adaptées à chaque région, ajoutant qu’il n’y avait pas deux zones identiques. Cela pourrait passer par des coopératives détenues par des groupes autochtones ou par des usines locales de transformation alimentaire, a-t-elle précisé.
Mme Chartrand a déclaré que les pratiques traditionnelles de récolte devaient également faire partie de la solution, tant pour la subsistance que pour la préservation des cultures autochtones.
«Si l’on prend l’exemple de la chasse au phoque, celle-ci reste une source importante d’aliments nutritifs et constitue un moyen de subsistance local pour les populations. Elle soutient la culture et l’identité inuites», a-t-elle fait valoir.
Elle a évoqué les appels lancés par Nunavut Tunngavik Inc. en faveur d’un guide alimentaire inuit qui intègre et promeuve ces aliments.
«Ils veulent s’assurer de promouvoir des aliments qui font non seulement partie des pratiques traditionnelles, mais qui proviennent également de leur région», a-t-elle déclaré.
Alessia Passafiume, La Presse Canadienne