La plupart des armes à feu utilisées lors de crimes provenaient du Canada
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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — La grande majorité des armes à feu utilisées pour commettre des crimes et dont l'origine a pu être retracée en 2023 et 2024 provenaient du Canada et n'avaient pas été introduites clandestinement depuis l'étranger, selon des rapports internes de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
Les analyses ont révélé que la quasi-totalité des armes à feu retracées – ainsi qu'un nombre important d'armes de poing – provenaient du marché intérieur.
Ces chiffres, les plus récents disponibles auprès de la GRC, apportent un nouvel éclairage sur l’origine des armes à feu impliquées dans des crimes allant de l’introduction par effraction à l’homicide.
La Presse Canadienne a invoqué la Loi sur l'accès à l'information pour obtenir les rapports de mai 2024 et septembre 2025 du Centre national de dépistage des armes à feu de la GRC et des Services de soutien stratégique et opérationnel pour la lutte contre les infractions criminelles commises avec des armes à feu du corps de police.
Certaines parties des rapports ont été jugées trop délicates pour être publiées.
En 2024, le centre de la GRC a mené à bien 6951 enquêtes de traçage d'armes à feu. Parmi celles-ci, 4197 ont été identifiées comme des armes utilisées pour commettre des crimes – dont 2814 provenaient d'une source connue.
Des armes d'origine nationale
Le centre indique que 71 % des armes à feu retracées en 2024 étaient des armes d'épaule d'origine nationale, 17 % étaient des armes de poing de contrebande, 9 % étaient des armes de poing d'origine nationale et 2 % étaient des armes d'épaule de contrebande. Un petit nombre d'armes à feu n'ont été classées ni comme armes d'épaule ni comme armes de poing.
Soixante-sept des traçages d'armes utilisées pour commettre des crimes en 2024 ont révélé des armes à feu fabriquées par des particuliers, parfois appelées «armes fantômes» artisanales.
Parmi les enquêtes de traçabilité menées à bien pour lesquelles la provenance de l’arme à feu et son type de fonctionnement étaient connus, les armes semi-automatiques se sont avérées les plus courantes.
Le centre de la GRC définit les armes à feu liées à des crimes comme des armes à feu qui ont été utilisées ou soupçonnées d’avoir été utilisées dans le cadre d’infractions criminelles, des armes dont les numéros de série ont été effacés ou altérés, des armes à feu qui ont été retrouvées, mais dont la perte ou le vol n’a pas été signalé, ainsi que des répliques, des jouets, des armes imprimées en 3D, des armes à plombs ou à air comprimé qui ont été utilisées dans le cadre d’infractions criminelles.
Parmi les enquêtes sur les armes à feu utilisées dans le cadre d’infractions criminelles menées à bien en 2024, 4 % avaient un lien avec le crime organisé, notamment les gangs de motards hors-la-loi, les gangs de rue et le crime organisé traditionnel. Sur ces 184 armes à feu, 147 provenaient du marché intérieur et 37 avaient été introduites en contrebande.
Le rapport de la GRC de mai 2024 indique que parmi les enquêtes de traçabilité menées en 2023 pour lesquelles la provenance de l'arme à feu a pu être identifiée, 86 % ont été jugées d'origine nationale et 14 % provenaient de la contrebande.
Des mesures déployées par Ottawa
Les rapports soulignent que ces analyses, qui ne prennent en compte que les retraçages effectués par le centre de la GRC, ne sont pas représentatives du nombre total de retraçages d'armes à feu en Ontario et au Québec – des provinces qui disposent de leurs propres agences de retraçage.
Depuis mai 2020, le gouvernement fédéral a interdit environ 2500 types d’armes à feu, dont l’AR-15 et le Ruger Mini-14. Ottawa affirme que ces armes n’ont leur place que sur le champ de bataille et ne conviennent pas à la chasse ou au tir sportif.
Le gouvernement a lancé un programme visant à indemniser les propriétaires d'armes à feu qui remettent ou désactivent leurs armes interdites.
Le Parti conservateur et certains propriétaires d’armes à feu ont qualifié ces interdictions et ce programme de rachat de gaspillage visant des citoyens respectueux de la loi. Certains détracteurs de cette initiative ont exhorté Ottawa à se concentrer plutôt sur la prévention de la contrebande d’armes à feu en provenance des États-Unis vers le Canada.
Un tableau plus complet de la situation
Les chiffres de la GRC contribuent à brosser un tableau plus complet des armes à feu utilisées pour commettre des crimes au Canada, qui va au-delà des fusillades très médiatisées dans les centres urbains, selon Blake Brown, historien à l’Université Saint Mary’s de Halifax et auteur d’un ouvrage sur l’histoire du contrôle des armes à feu au Canada.
«Je pense que cela met en évidence la mesure dans laquelle les armes à feu d’origine nationale sont souvent utilisées dans des crimes à travers le pays», a indiqué M. Brown lors d’une entrevue.
«On constate probablement de nombreux incidents où ces armes à feu sont utilisées, en particulier dans les zones rurales, et bon nombre de ces armes à feu (…) ce ne sont pas des armes de poing qui affluent à Toronto depuis l’autre côté de la frontière, mais des armes à feu d’épaule détenues par une grande partie de la population des zones rurales du Canada.»
La GRC a refusé de commenter la manière dont les conclusions de la force se conjuguent avec la croyance largement répandue selon laquelle les armes à feu utilisées pour commettre des crimes proviennent généralement du sud de la frontière.
«Le rôle du Programme canadien des armes à feu est de fournir des informations concernant son mandat et ses activités et ne s’étend pas à la formulation de commentaires sur les perceptions du public ou les spéculations», a déclaré Marie-Eve Breton, porte-parole de la GRC.
Mme Breton a précisé que le rapport 2026 de la GRC, basé sur les chiffres de traçage de 2025, n’était pas encore achevé.
Jim Bronskill, La Presse Canadienne