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Le mécanisme du sentiment de satiété des moustiques est finalement élucidé

durée 10h00
29 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Le sentiment de satiété qui indique aux femelles moustiques qu'elles peuvent cesser de chercher une nouvelle victime à embêter provient de cellules qui se trouvent là où on s'y attendait le moins, ont constaté des chercheurs américains.

Encore plus inusité, on retrouve des cellules très similaires chez l'humain, ce qui pourrait un jour mener à de nouvelles interventions de contrôle de l'appétit et du poids.

«J'ai une formation de neuroscientifique, et en toute honnêteté, je dois admettre que je ne savais pas que les moustiques ont un rectum», a dit l'auteure de l'étude, la professeure adjointe Andrea Duvall du département des sciences biologiques de l'université Columbia, à New York.

Car c'est effectivement à l'autre bout du moustique ― et non dans son cerveau, où on le cherchait logiquement ― que la professeure Duvall et son équipe ont finalement localisé le récepteur NPYLR7.

La nouvelle étude, écrivent les chercheurs, montre que «ce récepteur est présent dans un ensemble très restreint de cellules situées sur la face basale des coussinets rectaux de l'intestin postérieur» du moustique ― en d'autres mots, dans son derrière.

Ils ajoutent ensuite que «ces cellules sont idéalement placées pour intégrer les signaux physiologiques et moduler la production reproductive et le comportement», puisqu'elles sont «situées à l'interface entre le tube digestif, l'hémolymphe et le système nerveux».

On savait déjà que ce récepteur régulait la recherche de proie du moustique Aedes aegypti, qui peut notamment transmettre le virus de la fièvre jaune, le virus de la fièvre dengue, le virus chikungunya et le virus Zika.

«Une fois que la femelle s'est nourrie de sang, ce récepteur s'active, ce qui lui procure une sensation de satiété, a expliqué la professeure Duvall. Cela réduit son envie de mordre les humains, car elle utilise les protéines de votre sang pour produire ses œufs.»

Des études précédentes avaient ainsi démontré que la femelle continuait à chercher une nouvelle proie même après avoir mangé, si le signal de ce récepteur était bloqué.

On pourrait donc envisager de développer, un jour, des stratégies pour activer ce mécanisme de satiété et tout simplement empêcher la femelle non seulement de piquer, mais aussi de potentiellement transmettre des maladies dangereuses.

«C'est d'autant plus intéressant que des récepteurs situés dans l'intestin sont beaucoup plus accessibles que des récepteurs dans le cerveau, a dit la professeure Duvall. C'est beaucoup plus facile s'ils sont dans l'intestin que là où on les attendait.»

Il faut maintenant comprendre comment ces récepteurs communiquent avec le cerveau, quels signaux chimiques ils envoient pour inciter la femelle à cesser de nourrir, a-t-elle expliqué.

La professeure Duvall et ses collègues croient que ces cellules rectales se comportent un peu comme des neurones, en faisant savoir au cerveau qu'il n'est plus nécessaire de se nourrir. On retrouve des cellules très similaires dans l'intestin des mammifères.

«C'est une famille (de récepteurs) qu'on retrouve dans plusieurs organismes, dont les humains, a-t-elle indiqué. Et chez les humains, ils sont très importants dans la régulation de l'appétit et de l'alimentation.»

Avant l'arrivée de molécules comme l'Ozempic, poursuit-elle, ces récepteurs intéressaient grandement l'industrie pharmaceutique. Des molécules développées pour interagir avec la version humaine du récepteur semblent en mesure de faire de même avec le récepteur des moustiques, a dit la professeure Duvall.

«Les cellules des moustiques ne sont pas identiques aux cellules humaines, mais il s'agit d'un mécanisme général que l'on comprend de mieux en mieux, a-t-elle affirmé. On réalise de plus en plus la complexité des communications entre le système nerveux et les cellules de l'intestin.»

Logiquement, a dit la chercheuse, on se concentre sur le cerveau quand on veut mieux comprendre des phénomènes comme l'appétit et la satiété. «Mais il y a plein de trucs qui se déroulent à l'extérieur du cerveau qui sont cruciales dans la régulation des comportements», a conclu la professeure Duvall.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Current Biology.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne