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Le président de l'ITK demande de réformer le Bureau des langues autochtones

durée 12h51
5 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), Natan Obed, trouve décourageantes les allégations de mauvaise gestion financière et de climat de travail malsain au sein du Bureau du commissaire aux langues autochtones, et il espère que le gouvernement fédéral saisira cette occasion pour réformer l’institution.

«Toute négativité à l’égard des peuples autochtones — surtout en ce moment — et le financement alloué à des domaines comme la langue et la culture constituent un risque sérieux pour notre capacité à continuer de recevoir des fonds», a déclaré M. Obed à La Presse Canadienne jeudi.

«Je suis donc très préoccupé par cette situation et j’espère sincèrement que le gouvernement fédéral, du premier ministre à ses ministres, saura faire la distinction entre un dysfonctionnement au sein d’une structure fédérale, ce qui est le cas ici, et la vision plus large de la langue et de la culture sur laquelle nous essayons tous de travailler davantage.»

Une demi-douzaine de sources, dont d’anciens employés, ont déclaré à La Presse Canadienne qu’au cours de ses cinq années d’existence, le Bureau du commissaire aux langues autochtones, un organisme indépendant, n’a pas réussi à faire avancer les choses en matière de renforcement des langues autochtones et de soutien à la recherche.

Au contraire, affirment-elles, le bureau s’est concentré sur de nombreux déplacements et sur l’organisation d’une grande conférence à Ottawa qui a coûté 10 millions $. Les sources rapportent également un environnement de travail toxique, des cas d’intimidation, des projets laissés inachevés et des démissions de personnel par frustration.

Elles se sont exprimées sous couvert d’anonymat par crainte de représailles.

Recherche de solutions

Le ministère du Patrimoine canadien a indiqué à La Presse Canadienne qu'il avait lancé un audit financier du bureau. Le ministre du Patrimoine, Marc Miller, a qualifié de graves ces allégations et a déclaré que les responsables devaient rendre des comptes.

«Mais pour que les responsables rendent des comptes, il faut leur accorder le bénéfice du doute, ce qui implique de veiller à ce que les procédures régulières soient respectées», a-t-il précisé mercredi.

Le ministère a également lancé un examen distinct de la Loi sur les langues autochtones, comme l’exige la loi après cinq ans.

Le commissaire aux langues autochtones, Ronald Ignace, ainsi que les directeurs Robert Watt, Georgina Liberty et Joan Greyeyes n’ont pas pu être joints pour des entretiens.

M. Ignace a déclaré dans un communiqué de presse que l’évolution du bureau avait rencontré des difficultés, mais qu’il était fier du travail accompli pour le mettre en place et faire avancer son mandat.

Son bureau a indiqué avoir reçu trois plaintes officielles pour harcèlement, qui ont fait l’objet d’une enquête l’année dernière. Des changements de personnel ont été effectués, a-t-il précisé, et aucune nouvelle plainte n’a été déposée depuis.

M. Obed a déclaré que le bureau des langues autochtones ne l'avait pas contacté, lui ou l'ITK, depuis que les allégations avaient été rendues publiques. Il a ajouté que cela n'était pas surprenant, étant donné que les mandats du commissaire et des directeurs devaient prendre fin en juillet.

«Je ne suis donc pas vraiment surpris qu’ils ne cherchent pas de solution ni ne souhaitent poursuivre le dialogue au sujet des conclusions ou des informations qui ont été révélées».

M. Obed avait déjà fait part de ses inquiétudes concernant ce bureau lorsque les députés avaient débattu de sa création en 2019. Il avait alors averti que le bureau n’aurait pas la capacité de préserver et de revitaliser les langues autochtones et qu’il ne serait pas suffisamment outillé pour aider les communautés à demander des comptes au gouvernement fédéral.

M. Obed a affirmé que la participation de l’ITK aux activités du bureau avait été limitée au cours des cinq dernières années. Il a expliqué que l’ITK, qui représente les Inuits, n’avait pas de «relation fondamentale» avec le bureau, principalement parce qu’elle mène ses propres actions pour préserver et revitaliser la langue inuktitute.

«Nous n’avons pas officiellement fait part de nos préoccupations linguistiques à ce bureau, car nous estimions que cela ne servait à rien», a-t-il déclaré.

Langue officielle

M. Obed et l’ITK demandent depuis des années à Ottawa de désigner l’inuktitut comme langue officielle dans l’Inuit Nunangat, la patrie des Inuits.

Il a fait valoir que cela lui garantirait davantage de protections et de financements, au même titre que l’anglais et le français.

«Il n’existe aucun autre cas dans le pays où la population majoritaire d’un territoire n’a pas le droit de recevoir des services publics dans la langue dominante de la société», a soutenu M. Obed.

«Je ne suis pas sûr qu’il y a beaucoup d’autres endroits dans le monde où c’est le cas, à part dans les territoires occupés, dans des régions où règnent des régimes brutaux dépourvus de démocratie.»

M. Obed a indiqué que l’ITK était en train de formaliser des recommandations spécifiques visant à réformer à la fois le Bureau des langues et la Loi sur les langues autochtones dans le cadre de l’examen quinquennal obligatoire de cette loi. Ces recommandations pourraient inclure un nouvel appel en faveur du statut de langue officielle pour l’inuktitut.

Il a également demandé que le bureau se dote d’un mécanisme de traitement des plaintes ayant un pouvoir réel pour statuer sur les plaintes qui concernent l’approche du gouvernement fédéral à l’égard des langues autochtones, et pour transmettre les solutions ou les conclusions aux institutions fédérales concernées.

«Sans cette capacité d’application, ils sont en réalité cantonnés à la promotion des langues, ou simplement à relayer les préoccupations des Premières Nations, des Inuits et des Métis en matière de langues», a-t-il déclaré.

«L’ITK souhaite que chaque dollar dépensé pour les langues autochtones soit productif (…) Ainsi, lorsque des fonds sont dépensés, ils doivent l’être à bon escient, dans l’intérêt de la préservation, de la promotion et de l’utilisation de nos langues. Je pense que nous devons simplement revenir à cela.»

— Avec des informations de Brittany Hobson

Alessia Passafiume, La Presse Canadienne