Les Rédemptoristes sont visés une deuxième fois pour des agressions sexuelles

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La Congrégation du Très-Saint-Rédempteur, mieux connue sous l’appellation des Rédemptoristes, doit faire face à une deuxième demande d’action collective.
En 2014, le juge Claude Bouchard, de la Cour supérieure, avait entériné une entente en vertu de laquelle les Rédemptoristes s’étaient engagés à verser 20 millions $ aux demandeurs d’une action collective pour des agressions sexuelles commises entre 1960 et 1987 au Collège Saint-Alphonse – connu à l’époque comme le Séminaire Saint-Alphonse, à Sainte-Anne-de-Beaupré. À ce moment, 95 personnes s’étaient manifestées auprès des avocats au dossier. L’entente était intervenue après que la Congrégation eut été reconnue civilement responsable au terme d’un procès de 37 jours.
Cette fois, la demande d’action collective déposée mercredi au palais de justice de Québec vise l’ensemble des membres de la congrégation au Québec pour des agressions sexuelles commises depuis 1940, excluant les demandeurs de la procédure mentionnée ci-dessus et réglée en 2014.
Un ami des grands-parents
La demande déposée mercredi par le cabinet d’avocats DWA est portée par un demandeur identifié par les initiales A.B. qui allègue avoir été agressé sexuellement à répétition par le père rédemptoriste Jules Dallaire entre 1992 et 1996 alors que celui-ci était curé de la paroisse de Desbiens. Les agressions auraient débuté alors qu’il était âgé d’environ 8 ans et se seraient poursuivies jusqu’à l’âge de 12 ans.
Selon la demande d’autorisation, le père Jules était un ami des grands-parents de A.B., chez qui il jouait régulièrement aux cartes. A.B. était devenu membre de la chorale de Noël des enfants de l’église à l’âge de 8 ans et c’est après les pratiques que les agressions auraient débuté alors que le père Jules l’avait attiré à sa chambre au presbytère. Les agressions auraient eu lieu à cet endroit à plusieurs reprises, ainsi que chez les grands-parents d’A.B. et dans des chalets où l’enfant avait été emmené, parfois avec ses parents, mais toujours à l’insu des adultes de son entourage.
Une adolescente et une fillette
La demande rapporte également des allégations d’agressions sexuelles commises contre deux filles, identifiées par les initiales D.S. et C.B.. Dans le premier cas, D.S. aurait été agressée sexuellement par le père rédemptoriste Denis Benoît vers 1962, alors qu’elle était âgée d’environ 15 ans. Le père Benoît, qui était prêtre à l’église Saint-Edmond de Coaticook, l’aurait agressée alors qu’elle était alitée chez elle au retour d’interventions chirurgicales.
Elle avait alors dénoncé le père Benoît à sa mère, qui avait refusé de la croire et ensuite à une religieuse au couvent des Ursulines à Stanstead où elle était pensionnaire. Cette religieuse lui avait confié qu’elle connaissait le père Benoît et que celui-ci avait déjà fait l’objet de plaintes. En compagnie de D.S., elle avait porté l’affaire devant l’archevêque de Sherbrooke de l’époque, monseigneur Georges Cabana, qui avait assuré qu’il s’en occuperait. La père Benoît avait ensuite été écarté de la région.
Enfin, la demanderesse C.B. aurait été agressée en 1959 par le père rédemptoriste Laurent Tousignant alors qu’elle avait 7 ans. Les gestes reprochés se seraient produits dans le bois des Rédemptoristes derrière l’église de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Sherbrooke, où le père Tousignant exerçait son ministère.
La demande estime que la Congrégation savait ou devait savoir que le père Jules, le père Benoît et le père Tousignant, ainsi que d’autres Rédemptoristes – dont le père Raymond-Marie Lavoie, impliqué dans la première action collective – agressaient sexuellement des membres du groupe de demandeurs. La Congrégation, dit-on, savait que de tels gestes allaient à l’encontre du droit canon. et «se devait d’enquêter et de sévir contre chaque agresseur, (mais) ne l’a pas fait. Elle a choisi d’ignorer son propre droit interne pour faire prévaloir une culture du silence».
20 millions $ une deuxième fois
Invoquant les préjudices subis et les traumatismes qui ont marqué les victimes, il est demandé à la Cour supérieure de condamner la Congrégation des Rédemptoristes à verser 450 000 $ en dommages non pécuniaires au demandeur A.B. ainsi que des dommages pécuniaires dont le montant reste à être déterminé.
On demande également le versement de 20 millions $ en dommages punitifs à l’ensemble du groupe.
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne