Montréal crée des zones de tolérance et un protocole de gestion pour les campements

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La Ville de Montréal, qui a longtemps cherché à contrer la présence de campements de personnes itinérantes, notamment par des démantèlements brutaux condamnés par les intervenants communautaires, change radicalement d’approche et crée des «zones de tolérance».
Bien qu’elle ne le mentionne nulle part dans le protocole de gestion des campements intitulé «Accompagner la transition», dévoilé vendredi matin, la Ville a dû revoir son approche à la suite de quelques décisions défavorables des tribunaux qui ont bloqué les démantèlements.
Ces démantèlements sont traumatisants pour ces personnes en situation de vulnérabilité, mais surtout ne règlent rien, a reconnu la mairesse Soraya Martinez Ferrada. «Le démantèlement comme on a vu dans le passé ne fonctionne pas. Quand tu démantèles, les tentes vont ailleurs. Tu ne crées pas un chemin ou une feuille de route à la sortie de l'itinérance.»
Tolérance face à une crise humanitaire
Mme Martinez Ferrada avertit toutefois que la tolérance ne signifie pas se résigner à la permanence des campements.
«On n'a pas le choix d'être tolérant. C'est quoi l'alternative? Comme citoyen, là, quelle est l'alternative à ne pas être tolérant? Tu vas fermer les yeux et être aveugle à la misère humaine?
«On a une crise humanitaire dans les mains. On doit être tolérant, mais on doit être tolérant dans un cadre qui respecte aussi les enjeux réels de sécurité des riverains (NDLR: les citoyens qui vivent autour des campements), les enjeux réels de perception aussi d'insécurité. Puis se donner du temps pour régler une question pour laquelle on n'a pas de baguette magique.
«On ne veut pas pérenniser les campements, je vais commencer avec ça. Ce qu'on souhaite, c'est avoir une feuille de route qui brise le cycle de l'itinérance.»
Relocalisation en dernier recours
Il n’est donc plus question de démantèlement dans le nouveau protocole de Montréal, mais bien de «relocalisation», et ce, en dernier recours si la sécurité des campeurs ou des riverains est en jeu et en collaboration avec les campeurs.
Deux autres concepts reviennent constamment dans le document, soit le respect des droits des personnes en situation d’itinérance et le respect de leur dignité. «Ce qu'on dit aujourd'hui, c'est qu’on va traiter les gens qui habitent dans des tentes de façon digne. (…) Au bout du compte, on s'entend que la feuille de route, c'est de sortir les gens des campements. Mais construire des logements de transition, avoir des centres d'hébergement d'urgence, ça prend un certain temps et, entre-temps, il faut se donner un cadre de gestion des campements qui va assurer une cohabitation sécuritaire.»
Soraya Martinez Ferrada est bien consciente qu’au-delà de la sécurité des riverains, il y a le sentiment d’insécurité qu’ils vivent avec cette proximité. Le protocole prévoit notamment la création de structures impliquant les intervenants psycho-sociaux, tant du communautaire que du réseau de la santé et des services sociaux, les services de prévention des incendies, les policiers, les représentants de la Ville et, surtout, les personnes qui vivent dans ces campements et les riverains.
«Ne pas avoir un protocole n'est pas une solution non plus. Alors, ce n'est pas parfait, c'est un début et on va voir comment ça va évoluer dans le temps», a déclaré la mairesse.
Longueuil en avance
La mairesse de la ville voisine de Longueuil, Catherine Fournier, participait également à l’annonce. Longueuil a commencé il y a deux ans à préparer son propre protocole, dont Montréal s’est partiellement inspiré, mais qui est beaucoup plus élaboré et précis.
Par exemple, à Longueuil, il est interdit d’installer une tente à moins de 250 mètres d’une école, d’un Centre de la petite enfance, d’une ressource pour femmes ou d’une résidence pour personnes âgées. Il est aussi interdit d’avoir plus de cinq tentes ou cinq personnes sur un terrain public, d’avoir autre chose qu’un vélo avec sa tente ou de sous-louer une tente.
Catherine Fournier a aussi parlé d’une approche fondée sur la défense des droits et le respect de la dignité humaine. «Les campements chez nous, c'est une nouvelle réalité. Il y en a toujours eu, mais de façon plus dispersée. Mais des campements visibles, un peu plus organisés, c'est nouveau», a-t-elle expliqué.
L’objectif est «d'avoir une approche qui mise avant tout sur la cohabitation sociale dans une perspective d'accompagnement parce qu'effectivement, les campements ne sont évidemment pas la solution. Ce n'est pas parce qu'on acquiesce au fait qu'ils existent; c'est qu'on ne se cache pas les yeux.»
Les conditions prévues au protocole de Longueuil ne pourraient s'appliquer intégralement sur le territoire de Montréal, mais le protocole de la métropole prévoit aussi certains éléments plus précis, surtout axés sur la sécurité, soit une distance de trois mètres entre les tentes et de trois mètres entre une tente et un appareil de cuisson, par exemple.
Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne