OpenAI réserve l'accès à sa dernière version de ChatGPT aux clients agréés par Trump

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Par La Presse Canadienne, 2026
OpenAI, l'éditeur de ChatGPT, a annoncé vendredi qu'il limitait la publication de son nouveau modèle d'intelligence artificielle à la demande de l'administration du président Donald Trump, dans le cadre d'un processus de contrôle sans précédent mené par le gouvernement pour évaluer les risques liés à la cybersécurité pour les produits d'IA.
OpenAI a précisé que son nouveau produit d’IA, baptisé GPT-5.6 Sol, ne serait pour l’instant accessible qu’à un «petit groupe de partenaires de confiance» approuvés par l’administration Trump.
Son principal concurrent, Anthropic, a annoncé, quelques heures plus tard, que l’administration Trump avait approuvé un lancement limité de son modèle de cybersécurité le plus performant, deux semaines après son interdiction par le département du Commerce des États-Unis.
«Nous ne pensons pas que ce type de procédure d’accès gouvernementale doive devenir la norme à long terme», a mentionné OpenAI dans un communiqué.
L’entreprise a précisé qu’elle considérait cette période de test comme une étape temporaire sur la «voie d’une disponibilité plus large dans les semaines à venir».
Le lancement progressif par OpenAI d’un nouveau système d’IA puissant fait suite aux mesures prises par le gouvernement au début du mois à l’encontre d’Anthropic, concurrent d’OpenAI et créateur de l'agent conversationnel Claude.
Anthropic a retiré de la circulation deux nouveaux modèles d’IA, baptisés Fable 5 et Mythos 5, quelques jours seulement après leur publication, afin de se conformer à une directive de M. Trump interdisant leur utilisation par des ressortissants étrangers. Vendredi, le gouvernement a levé les restrictions sur l'un de ces deux modèles, Mythos 5, lui permettant d'être «de nouveau déployé à un petit groupe de spécialistes de la cybersécurité et de fournisseurs d'infrastructure», a dit Anthropic.
La Maison-Blanche a déclaré vendredi qu’elle continuait à collaborer avec les laboratoires de pointe en IA pour relever les défis liés au déploiement à grande échelle de cette technologie en pleine expansion.
Les responsables sont de plus en plus inquiets depuis qu’Anthropic a averti, plus tôt cette année, que son modèle Mythos était capable de détecter des failles logicielles d’une manière susceptible d’être exploitée par des pirates malveillants et de menacer des réseaux informatiques critiques à travers le monde.
Des modèles d'IA surveillés par la Maison-Blanche
Au début du mois de juin, Donald Trump avait signé un décret sur la surveillance de l’IA qui établissait un cadre permettant au gouvernement fédéral d’évaluer les risques pour la sécurité nationale posés par les systèmes d’IA les plus avancés, et ce, jusqu’à 30 jours avant leur publication.
Le décret précisait que la participation des développeurs d’IA était volontaire, mais le cadre n’a pas encore été entièrement mis en place.
Certains alliés du président avaient rejeté la faute sur Anthroppic, et avaient imputé à son PDG Dario Amodei le besoin d'une surveillance gouvernementale accrue.
«Dario est venu à Washington il y a quelques mois, en avril, et a essentiellement dit qu'il avait créé une arme cybernétique appelée Mythos», a dit dans un balado l'investisseur David Sacks, qui codirige le conseil de la technologie et des conseillers scientifiques de Donald Trump. «Il a fait monter le niveau de cortisone de tout le monde, les a tous rendus vraiment inquiets. Et il y avait une partie de vérité, en matière des capacités cybernétiques très avancées du modèle».
La société OpenAI, établie à San Francisco, a souligné que son nouveau modèle Sol «est plus efficace pour aider les utilisateurs à détecter et à corriger les vulnérabilités» que pour mener des cyberattaques, et qu’il ne dépasse pas le seuil de risque fixé par l’entreprise.
Elle a toutefois reconnu qu’il pouvait exister des risques imprévus, notamment si son modèle était associé à d’autres outils.
«Cette incertitude, associée à l’évolution spectaculaire des capacités du modèle, explique pourquoi nous accompagnons ces capacités accrues de mesures de protection renforcées et d’un déploiement progressif», a avancé l’entreprise vendredi.
OpenAI n'a nommé aucun des quelque vingt clients qui ont été approuvés jusqu'à maintenant pour l'utilisation du nouveau modèle.
Les critiques mettent en garde que l'intervention imprévisible d'un gouvernement peut freiner les entreprises.
L'élue Lori Trahan, une démocrate du Massachusetts et coautrice d'un projet de loi transpartisan qui encadrerait l'intelligence artificielle, a fait savoir dans un communiqué qu'elle s'inquiète que «l'administration de M. Trump choisisse compagnie par compagnie qui peut avoir accès aux nouveaux modèles d'IA. Pas de loi. Pas de procédure. Pas de supervision. Juste des personnes à Washington qui décident qui est dans le coup et qui ne l'est pas».
Un large groupe d’experts en cybersécurité a critiqué les mesures prises par le gouvernement qui ont conduit Anthropic à fermer Fable, que l’entreprise avait présenté comme une version plus sûre de Mythos. Ce dernier est désormais indisponible depuis deux semaines.
«Je tiens simplement à dire que pratiquement personne dans le secteur de la cybersécurité ne pense que cette mesure repose sur des faits concrets», a expliqué Alex Stamos, expert en cybersécurité à l’Université de Stanford, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes en début de semaine.
M. Stamos, directeur des produits chez Corridor, une entreprise spécialisée dans la sécurité de l’IA, et ancien directeur de la sécurité chez Meta, a indiqué avoir examiné une analyse des recherches menées sur Fable par Amazon et n’avoir trouvé aucun risque qui ne soit pas présent dans d’autres modèles d’IA accessibles au public, y compris ceux développés en Chine.
«Si l’administration souhaite sincèrement que les États-Unis devancent la Chine dans cette course, alors c’est sans doute la chose la plus stupide qu’elle puisse faire», a soutenu M. Stamos.
Le renforcement de la surveillance gouvernementale en matière d’IA complique encore davantage les démarches exploratoires menées par OpenAI et Anthropic en vue de l’introduction en bourse de leurs sociétés à Wall Street, dans la foulée de l'entrée record de SpaceX le 12 juin.
M. Trump a évoqué la possibilité que le gouvernement américain détienne une participation dans les principales entreprises d’IA, décrivant un concept selon lequel «des parts pourraient être attribuées au public américain, ce qui ferait de ce dernier un partenaire à part entière de ces entreprises».
Matt O'brien, The Associated Press