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Un aperçu de la course pour remplacer la flotte de sous-marins du Canada

durée 08h32
30 août 2025
La Presse Canadienne, 2025
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2025

OTTAWA — La compétition pour l'approvisionnement du Canada en sous-marins s'est intensifiée cette semaine, Ottawa ayant réduit la liste à deux fournisseurs seulement, soit une entreprise coréenne et une entreprise allemande.

Voici un aperçu de l'état actuel de ce vaste projet d'approvisionnement.

1. Pourquoi le Canada doit-il acheter de nouveaux sous-marins ?

Le Canada s'empresse de remplacer sa flotte de sous-marins de classe Victoria, en déclin. Achetée d'occasion au Royaume-Uni en 1998, cette flotte vieillit rapidement et ses réparations et le remplacement de ses pièces sont coûteux.

Le premier ministre Mark Carney a souligné à plusieurs reprises que le pays ne dispose actuellement que d'un seul sous-marin en état de fonctionner.

La flotte devra être retirée du service au milieu des années 2030. Ottawa a fixé comme échéance l'acquisition de son premier sous-marin neuf d'ici 2035, date à laquelle les Victoria auront probablement tous été déclassés.

De plus, d'autres pays pourraient également décider d'acheter des sous-marins, ce qui pourrait placer le Canada en queue de peloton et retarder leur arrivée.

L'ancien premier ministre Justin Trudeau a annoncé ce vaste projet d'acquisition de sous-marins lors du Sommet de l'OTAN à Washington en 2024, dans un contexte de forte pression exercée par les alliés pour que le Canada augmente ses dépenses de défense et respecte l'engagement de dépenses de l'alliance qu'il n'a jamais réussi à atteindre.

Une flotte de sous-marins propulserait le Canada au-delà de son engagement de dépenser plus de 2 % du produit intérieur brut par an en matière de défense.

Les fournisseurs n'ont pas été informés du nombre de sous-marins envisagé par Ottawa.

Lors du Sommet de l'OTAN il y a un an, de hauts fonctionnaires du cabinet du premier ministre avaient souligné qu'Ottawa recherchait «jusqu'à» 12 sous-marins. Ce chiffre figure toujours dans les documents officiels, mais de plus en plus de représentants gouvernementaux abandonnent ce qualificatif lorsqu'ils parlent publiquement de l'achat d'une flotte de 12 sous-marins.

2. Qui soumissionne pour approvisionner le Canada ?

M. Carney a annoncé à Berlin le 25 août qu'Ottawa avait réduit le concours à seulement deux entreprises.

L'un des deux finalistes est Hanwha Oceans, qui fabrique le sous-marin KSS-III dans un chantier naval de Geoje, en Corée du Sud. Utilisé par la marine de la République de Corée, il fonctionne avec des batteries lithium-ion. L'entreprise vise à devenir rapidement un fournisseur mondial de premier plan dans le domaine de la défense.

L'argument de vente de Hanwha réside dans sa capacité à fournir rapidement des navires au Canada. Si elle obtient un contrat d'ici l'année prochaine, l'entreprise affirme pouvoir livrer son premier sous-marin d'ici 2032, puis quatre d'ici 2035, puis un autre chaque année. La compagnie n'a encore exporté aucun de ces nouveaux sous-marins vers un autre pays.

Son concurrent est ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), un fabricant de sous-marins reconnu qui fournit la grande majorité de la flotte de sous-marins conventionnels de l'OTAN.

L'entreprise propose au Canada les nouveaux sous-marins 212CD qu'elle fabrique pour les marines allemande et norvégienne. Ils fonctionnent avec des piles à combustible à hydrogène et des moteurs diesel. Ils sont basés sur l'ancien 212A, utilisé par l'Allemagne et l'Italie.

L'argument de vente de TKMS est l'interopérabilité et le partage des ressources avec les alliés de l'OTAN, qui utiliseront les mêmes sous-marins.

L'Allemagne et la Norvège ont déjà commandé 12 sous-marins. Si le Canada se joignait à l'appel d'offres, il ne serait pas bloqué en queue de peloton, mais devrait négocier des accords avec l'entreprise et les autres clients concernant les dates de livraison.

L'entreprise dit pouvoir respecter l'échéance serrée de 2035 fixée par le Canada pour la livraison du premier sous-marin. Sa présentation la semaine dernière aux responsables canadiens a annoncé une première livraison en 2034 et une seconde d'ici 2037.

Le modèle de sous-marin qu'elle propose à Ottawa n'a cependant pas encore été déployé.

3. Quels sont les objectifs du Canada en matière d'achats ?

Bien que le projet d'acquisition porte le nom résolument discret de «Programme de sous-marins canadiens de patrouille», des documents gouvernementaux précisent que la furtivité et la létalité sont des capacités clés dont la Marine souhaite doter les sous-marins.

La dernière mise à jour majeure de la politique de défense du Canada, «Notre Nord, fort et libre», fait de la protection de l'Arctique une priorité, alors que la Russie y renforce sa présence militaire et que les changements climatiques créent de nouveaux problèmes de sécurité nationale.

La Marine royale canadienne recherche une flotte de sous-marins capables de naviguer sous la glace, car elle vise une présence accrue dans l'Arctique et la capacité de repérer et de dissuader les menaces, ainsi que, si nécessaire, de participer au combat.

«Au Canada, un sous-marin signifie des semaines sous la glace, ainsi que dans le Pacifique, a fait valoir M. Carney à Berlin, la semaine dernière. Nous devons pouvoir disposer de flottes opérationnelles toute l'année sur les trois côtes, dans des conditions très exigeantes, ce qui explique pourquoi le marché se rétrécit assez rapidement.»

Le premier ministre Carney a également affirmé que le Canada a besoin d'un retour à l'économie nationale lorsqu'il ouvrira son portefeuille pour un achat aussi important.

Hanwha aurait proposé d'établir des installations de maintenance sur les deux côtes, tandis que TKMS a dit vouloir impliquer les trois principaux chantiers navals canadiens.

4. Quel sera le coût des nouveaux sous-marins ?

Il s'agira du plus important projet d'approvisionnement en matière de défense depuis des décennies. Le gouvernement n'a pas encore précisé le montant exact qu'il envisage d'investir dans les sous-marins ni fourni de fourchette de prix ou de prix plafond aux fournisseurs potentiels.

Leur acquisition pourrait coûter des dizaines de milliards de dollars, selon le nombre de sous-marins que le Canada décidera finalement de commander.

Ottawa n'a pas répondu aux questions, en partie parce qu'il prévoit négocier avec les fournisseurs.

Toutefois, cet achat survient à la suite de l'achat des avions de chasse F-35, qui a récemment embarrassé Ottawa lorsqu'il a atteint 27,7 milliards $, soit bien plus que les 19 milliards $ initialement estimés.

L'année dernière, Justin Trudeau avait suggéré que le Canada pourrait magasiner des sous-marins nucléaires, capables de rester sous l'eau beaucoup plus longtemps. Les experts ont exprimé des doutes, et il est rapidement devenu évident qu'Ottawa n'était pas intéressé par ce type d'engagement.

Les sous-marins nucléaires sont nettement plus coûteux – des milliards de dollars de plus – et peuvent être des acquisitions exigeantes, avec des coûts de réparation élevés en raison de leur complexité. Ils devraient également être entretenus ailleurs, probablement aux États-Unis.

5. Quelles sont les prochaines étapes ?

Ottawa entamera d'intenses discussions avec les deux concurrents. Il devra choisir entre lancer une demande de propositions officielle ou entamer directement des négociations.

Le vice-amiral Angus Topshee, commandant de la Marine royale canadienne, a déclaré qu'il était possible pour Ottawa de prendre une décision d'ici la fin de l'année, si le pays agit de manière résolue.

Kyle Duggan, La Presse Canadienne