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Une clinique montréalaise prend en charge les femmes enceintes atteintes d'un cancer

durée 09h41
24 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une obstétricienne-gynécologue montréalaise a créé une clinique dédiée aux patientes enceintes atteintes d’un cancer, lorsqu’elle a constaté à quel point il était difficile pour ces femmes de s’y retrouver dans le système de santé.

Le 15 mai 2024, Habalet Andrée Loblegnon a appris qu’elle était enceinte pour la quatrième fois. Deux semaines plus tard, on lui a diagnostiqué un cancer du sein de stade trois.

Elle avait remarqué une masse sous son aisselle droite lors de sa troisième grossesse, mais son médecin lui avait dit à l'époque qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.

Ce n'est qu'à l'occasion de sa quatrième grossesse, à l'âge de 41 ans, qu'elle a reçu ce diagnostic et s'est immédiatement retrouvée confrontée à une question urgente.

Sa décision a été prise sans hésitation: elle mènerait sa grossesse à terme, même si cela impliquait de suivre une chimiothérapie pendant sa grossesse.

Lorsqu’elle est rentrée chez elle après son rendez-vous chez le médecin, auprès de son mari et de ses trois enfants, elle s'est effondrée.

La situation de Mme Loblegnon est rare — moins de 0,1 % des femmes enceintes au Canada reçoivent un diagnostic de cancer — et nécessite une approche hautement spécialisée pour préserver la santé de la mère et du bébé, explique Claude-Émilie Jacob, obstétricienne-gynécologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Dre Jacob a décidé d’ouvrir une clinique dédiée aux patientes enceintes atteintes d’un cancer il y a cinq ans.

«Nous les aidons à la fois dans le meilleur moment de leur vie et dans le pire», indique la Dre Jacob.

Les femmes enceintes atteintes d’un cancer peuvent se retrouver à passer d’un spécialiste à l’autre, oncologues, chirurgiens et obstétriciens, chacun leur donnant des recommandations différentes, mentionne la Dre Jacob.

Ces femmes ont alors l’impression qu’on leur donne «différentes pièces d’un casse-tête sans qu’elles puissent voir l’image complète».

L’objectif de la clinique est de centraliser la prise de décision afin que les patientes n’aient plus à coordonner elles-mêmes leurs soins tout en faisant face simultanément au cancer et à la grossesse.

«Nous voulons assembler le casse-tête pour que la patiente n’ait pas à le faire», souligne-t-elle.

La clinique est située au service d’obstétrique du CHUM. Chaque fois qu’une patiente lui est adressée, Dre Jacob met sur pied une équipe multidisciplinaire pouvant inclure des chirurgiens, des oncologues, des pharmaciens, des néonatologistes et des spécialistes des grossesses à haut risque.

Ensemble, ils adaptent le calendrier des traitements en fonction à la fois de la progression du cancer et du développement fœtal.

La clinique a également commencé à étendre ses activités de recherche au cours de l’année dernière, tandis que d’autres hôpitaux québécois se tournent de plus en plus vers l’équipe du CHUM pour obtenir des conseils concernant leurs propres patientes enceintes atteintes d’un cancer, selon la Dre Jacob.

Après le diagnostic de Mme Loblegnon dans un hôpital de Longueuil, elle a été immédiatement transférée au CHUM. Elle a rencontré Dre Jacob et son équipe, qui ont commencé à réfléchir à la meilleure approche pour la traiter.

L’un des plus grands défis consiste à synchroniser le traitement avec la grossesse, explique le chirurgien oncologue Rami Younan, qui a opéré Mme Loblegnon.

Les médicaments de chimiothérapie et leurs posologies diffèrent pour les femmes enceintes par rapport aux autres patientes. De nombreux médicaments anticancéreux risquent de provoquer des malformations congénitales, voire la perte du fœtus, précise Guy Soulières, hématologue-oncologue et porte-parole de la Société canadienne du cancer.

En raison de ce risque, la chimiothérapie est évitée pendant les 13 premières semaines de grossesse, lorsque les organes du fœtus se forment, indique la Dre Jacob.

Mme Loblegnon a commencé son traitement après 13 semaines, en juillet 2024; les séances hebdomadaires de chimiothérapie l'épuisaient. Sa prise en charge a nécessité une communication constante entre plusieurs équipes, raconte le Dr Younan.

Les calendriers de traitement, la surveillance et la planification de l'accouchement ont tous dû être soigneusement coordonnés pour protéger à la fois la mère et le bébé.

«La coordination a été parfaite», affirme-t-il.

Il ajoute que même le moment de sa césarienne avait dû être soigneusement planifié. La chimiothérapie affaiblit le système immunitaire, augmentant le risque d’infection et de complications pendant l’intervention chirurgicale, explique-t-il.

Cela signifie que l’accouchement a dû être programmé à un moment permettant de concilier à la fois le rétablissement de Mme Loblegnon et la sécurité de son bébé.

Un mois après l’accouchement, Mme Loblegnon a subi une mastectomie totale.

Des cas rares

Comme les cas tels que celui de Mme Loblegnon sont si rares, les médecins manquent de recherches à grande échelle pour orienter le traitement.

«Lorsque nous avons moins de 1 % de cas, nous ne pouvons pas obtenir de chiffres significatifs», avance le Dr Soulières.

Les médecins affirment que le modèle centralisé de la clinique est particulièrement important, car les femmes enceintes atteintes d’un cancer sont très rares.

En concentrant les patientes dans un centre spécialisé, le CHUM peut développer son expertise, comparer les résultats et mener des recherches qui pourraient à terme contribuer à définir des normes de traitement ailleurs.

Aujourd’hui, le quatrième enfant des Loblegnon, Théo fils, a un an et demi et est en parfaite santé. Pendant l’entrevue, il se déplaçait tout seul dans la pièce, passant des bras de sa mère aux genoux des deux médecins qui lui avaient sauvé la vie.

«C’est pour cela que nous faisons notre travail», rappelle la Dre Jacob en regardant Théo et sa mère.

Charlotte Glorieux, La Presse Canadienne