Une seule consommation d'alcool par jour augmente le risque de cancer

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La consommation d'un seul verre d'alcool par jour suffit pour augmenter le risque de développer des cancers du pharynx, du côlon et du rectum, de l'œsophage, du sein, du foie, du pancréas et de la prostate, ont constaté des chercheurs américains.
On dispose aussi de données solides qui indiquent que la consommation d'alcool augmente le risque de pancréatite, de maladies hépatiques, d'arythmie cardiaque et d'infections des voies respiratoires inférieures, selon la méta-analyse qu'ils ont réalisée.
Et qui plus est, il est ici question d'une association linéaire: plus la consommation d'alcool augmente, plus le risque augmente.
«Ce qui m'a particulièrement intéressé, c'est qu'ils ont ajouté le cancer du pancréas et celui de la prostate à la liste des cancers liés à la consommation d'alcool, et ça, c'est énorme, a expliqué le professeur Tim Stockwell, du Canadian Institute for Substance Use Research à l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique.
«Par ailleurs, ils évaluent la qualité des données scientifiques pour chacune de ces pathologies. Ainsi, pour les cardiopathies ischémiques et le diabète de type 2, ils estiment que la qualité globale des données est très faible, alors que pour la plupart des cancers, elle est très élevée. Il s'agit donc d'un changement intéressant.»
Il faut toutefois noter qu'il s'agit d'une étude observationnelle qui n'est pas en mesure d'établir un lien de causalité. Les auteurs n'ont pas non plus tenu compte de facteurs qui pourraient influencer leurs résultats, comme l'alimentation ou le poids, et ils ne distinguent pas les différents types d'alcool (bière, vin, spiritueux).
Cela étant dit, écrivent les chercheurs, «nos résultats indiquent que tout niveau de consommation d'alcool est associé à un risque accru de cancers majeurs, ce risque augmentant progressivement à mesure que la consommation s'accroît. Il s'agit notamment des cancers colorectal, de l'œsophage, du sein et du pancréas.»
En revanche, poursuivent-ils, «bien que toute consommation d'alcool, quelle qu'en soit la quantité, favorise l'apparition du cancer, notre étude a montré qu'une consommation faible à modérée d'alcool est associée à un risque moindre de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de la maladie d'Alzheimer et d'autres formes de démence».
Le professeur Stockwell est toutefois d'avis que les chercheurs américains «ont sous-estimé les risques et surestimé les bienfaits pour certaines de ces pathologies». Les experts ne s'entendent pas, par exemple, sur la quantité quotidienne d'alcool qui réduirait le risque de maladie cardiaque ischémique.
D'autant plus qu'il s'agit d'un couteau à double tranchant: si une consommation plus élevée (mais qui demeure raisonnable) d'alcool peut potentiellement protéger des maladies cardiaques, elle peut aussi, en revanche, augmenter le risque de cancer.
«Parfois, j'ai l'impression que c'est comme lire dans les feuilles de thé, a dit le professeur Stockwell. Il y a tellement de variations, chacun mène ses études à sa manière. Mais au fil du temps, les choses deviennent plus claires (et) on constate une prise de conscience croissante du fait que la consommation d’alcool comporte en réalité des risques non négligeables.»
Et même à faible dose, poursuit-il, l'alcool «ne présente aucun bénéfice net, même pas un verre par jour».
«C’est d’ailleurs la conclusion principale de l’étude: il existe des risques nets pour la santé, a souligné le professeur Stockwell. Et cela s’explique par le fait que les chercheurs se montrent désormais plus prudents quant aux bienfaits et qu’ils sont plus certains de l’existence d’un lien avec un plus grand nombre de cancers.»
L'association entre la consommation d'alcool et le cancer n'a jamais été remise en question, rappelle-t-il, et les chercheurs ont identifié, au fil du temps, au moins cinq mécanismes par lesquels la consommation d'alcool peut augmenter le risque de cette maladie.
On se demandait toutefois si même une faible consommation pouvait en augmenter le risque, a poursuivi le professeur Stockwell.
La façon la moins risquée de consommer de l'alcool pour prévenir le cancer est de ne pas en consommer du tout, a-t-il indiqué. Et cela tend vers un message plus clair, dit-il : plus on boit, moins on a de chances de vivre longtemps. Le risque augmente avec n'importe quelle consommation d'alcool, mais avec une consommation ou deux par semaine, le risque est gérable, il n'est pas énorme.
«C'est une conclusion qui relève du gros bon sens, a conclu le professeur Stockwell. Il ne faut pas se faire d'illusions : boire des seaux de vin rouge ne va pas te faire vivre plus longtemps. Il y a d'autres moyens de vivre plus longtemps que de se verser du vin rouge dans la bouche à intervalles réguliers.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal médical Nature Health.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne