VRS: les hospitalisations ont doublé en 2022-2023

Temps de lecture :
3 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les hospitalisations causées par le virus respiratoire syncytial (VRS) ont plus que doublé en 2022-2023 par rapport aux années qui ont précédé la pandémie, révèle une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et du BC Children’s Hospital Research Institute.
On a ainsi recensé plus de 5000 hospitalisations à ce moment, et les bébés de moins de six mois ― qui sont particulièrement à risque de complications ― ont représenté la majorité des admissions aux soins intensifs, ce qui a saturé les capacités des hôpitaux pédiatriques canadiens, préviennent les chercheurs.
«Ce qu'on a vu en 2022-2023, c'était vraiment du jamais vu, a dit le coauteur principal de l’étude, le docteur Jesse Papenburg, qui est infectiologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. On a observé que les hospitalisations dues au VRS chez les enfants ont doublé par rapport aux moyennes annuelles de la période prépandémique, et on a observé la même chose pour les admissions aux soins intensifs.»
Ces bonds, a-t-il ajouté, sont d'autant plus remarquables «que la saison du VRS ne dure que quelques semaines ou quelques mois, donc ça a mis une pression énorme, à la fin de l'automne 2022 et durant le début de l'hiver 2023, sur les soins de santé à travers le Canada, en pédiatrie particulièrement».
Bon an mal an, le VRS est la principale cause d'infections des voies respiratoires inférieures chez l’enfant, telles que la bronchiolite ou la pneumonie, a-t-on rappelé par voie de communiqué. Plus de 75 % des hospitalisations pédiatriques liées au VRS surviennent chez des enfants autrement en bonne santé.
L'étude a dénombré 5362 hospitalisations dues au VRS durant la saison 2022-2023, comparativement à une moyenne de 2517 annuellement pour la période de 2017 à 2019.
«La demande très forte a été ressentie par les gens de première ligne, mais notre étude est la première à la comptabiliser et à la documenter au niveau national pour les hôpitaux tertiaires à travers le Canada», a dit le docteur Papenburg.
Les auteurs de l'étude croient que cette hausse est attribuable à la levée des mesures de confinement, qui ont retardé la première exposition des enfants au VRS. Ils ont d'ailleurs constaté que l'âge moyen des enfants hospitalisés en raison du VRS était un peu plus élevé pendant la saison 2022-2023.
Malgré toutes ces caractéristiques «hors normes», a souligné le docteur Papenburg, «on a vu que le groupe d'âge le plus durement frappé était les bébés dans leurs premiers mois de vie».
«Les enfants de moins de six mois ont représenté plus de 40 % des hospitalisations, a-t-il dit. Mais en plus de ça, ils représentaient plus de 60 % des admissions aux soins intensifs, donc c'est vraiment un groupe d'âge surreprésenté non seulement dans le risque d'hospitalisation, mais d'être les enfants les plus malades qui ont besoin de soins critiques.»
Ces données sont cruciales, précise-t-il, puisque les programmes de vaccination contre le VRS ciblent justement les femmes enceintes, afin d'offrir une immunisation passive au bébé, et les bébés avant leur sixième mois de vie.
«Ça illustre le fardeau qu'on peut éviter avec ces interventions», a estimé le docteur Papenburg.
De nouveaux outils de prévention du VRS sont ainsi désormais disponibles au Canada. Il s'agit notamment d'anticorps monoclonaux à action prolongée ― des protéines synthétiques qui offrent une protection temporaire contre l'infection ― et d'un vaccin administré pendant la grossesse afin de protéger les bébés au cours de leurs premiers mois de vie.
Le VRS ne doit pas être pris à la légère, rappelle le docteur Papenburg. Sur dix enfants qu'il envoie à l'hôpital au Canada chaque année, huit n'avaient ni facteur de risque particulier, ni comorbidité, ni problème médical sous-jacent.
«Il est très important pour les familles de savoir que le VRS est la principale cause d'hospitalisation durant la première année de vie, a-t-il conclu. Au Québec, on a vu une réduction de 85 % du risque de visite aux urgences et d'admission aux soins intensifs (pour les bébés vaccinés).»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le Journal de l'Association médicale canadienne.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne