Survivre à trois cancers
Anna Capobianco-Skipworth, de Mont-Saint-Hilaire, a surmonté deux cancers du sein et un cancer des ovaires. Pour elle, la vie continue ! (Photo : Sébastien Roy)
Certaines entrevues sont tellement marquantes que l'on sait tout de suite qu'elles resteront gravées dans la mémoire. C'est notamment le cas de celle que nous a accordée Anna Capobianco-Skipworth, 51 ans, de Mont-Saint-Hilaire. Son témoignage sur les deux cancers du sein et le cancer des ovaires qu'elle a surmontés donne tout simplement la chair de poule.
Tout a commencé en 2001. Alors qu'elle faisait son auto-examen de routine, elle a senti une bosse sur son sein gauche. Elle avait également l'impression qu'il était plus gros et ressentait une douleur. Elle a donc accompagné sa fille Mélissa qui avait justement un rendez-vous chez le médecin ce jour-là.
À la suite de cette rencontre, elle a passé deux mammographies. À cette époque, rien ne semblait alarmant, mais on lui a tout de même recommandé de voir un autre spécialiste. « On était très inquiets, mon mari et moi. Surtout lui, car il a perdu sa première femme à cause du cancer. »
Toutes ces rencontres médicales l'ont menée à passer une biopsie, le 15 octobre. « On me disait que ça n'avait pas l'air d'être grave et que même si c'était un cancer, on le prendrait au tout début. Donc, le 31 octobre, je me suis rendue pour avoir mes résultats, mon mari à mes côtés. J'étais sûre que j'allais recevoir de bonnes nouvelles. Ç'a été un grand choc quand on m'a dit que j'avais le cancer du sein. J'étais étonnée, bouche bée. Je me souviendrai toujours de ce jour-là. Je me suis rendue à l'auto en marchant avec mon mari, main dans la main. Il essayait de me rassurer, mais tout ce que je me disais c'était que j'avais le cancer du sein ! »
À leur retour à la maison, leur fille posait beaucoup de questions. Comme elle était avec une amie qui avait perdu sa mère d'un cancer du sein, elle ne lui a rien dit.
« Le lendemain, quand elle est revenue de l'école, on lui a annoncé la nouvelle. On lui expliquait, mais elle ne comprenait rien. Je voyais dans ses yeux la peur, la tristesse et la rage. C'est là que j'ai réalisé que je n'allais pas passer à travers toute seule, que ma fille et mon mari seraient là, et que mon attitude serait vraiment importante. »
Première opération
Le 8 novembre, Anna Capobianco-Skipworth a été opérée pour la première fois, entourée de sa famille. C'est à ce moment qu'elle a commencé à faire beaucoup d'humour, une façon pour elle de passer à travers et d'aider les gens autour d'elle à faire de même.
L'opération a pris quatre heures au lieu d'une seule, car le cancer s'est avéré plus important. Deux semaines et demie plus tard, elle apprenait qu'on avait trouvé une tumeur envahissante et qu'elle devait subir une mastectomie radicale modifiée, qui concrètement consiste en l'ablation complète du sein.
« Je me suis préparée pour la plus grosse opération de ma vie et j'ai réalisé que j'avais besoin de mes amis. Je les ai tous appelés et ils ont tous pleuré. Je leur ai dit que tout était correct. Mais c'est en prenant ma douche la veille de l'opération que ça m'a envahi. Je pleurais tellement, c'était plus fort que moi. Je me suis rappelé que je n'étais pas seule, que ma fille et mon mari avaient besoin de moi et qu'il fallait que je combatte. »
Après lui avoir enlevé le sein, les médecins ont trouvé une deuxième tumeur envahissante. Heureusement, les ganglions n'étaient pas touchés. « Le médecin m'a dit que si je n'avais pas été opérée à ce moment-là, je n'en aurais eu que pour six à huit mois à vivre. »
Deuxième opération
Un an plus tard, une autre bosse a été détectée. Elle a été opérée pour une deuxième fois le 19 décembre 2002. On lui a alors enlevé l'autre sein. Encore une fois, on lui a dit qu'elle avait été très chanceuse, car l'intervention avait été faite à temps.
« J'étais là, avec les deux seins enlevés, et je continuais à travailler et à donner des conférences pour parler de la santé du sein et de mon expérience. »
Puisqu'elle n'avait plus de seins, elle s'était habituée à porter des vêtements amples. Pas question de porter de prothèses. Puis, un jour, elle a réalisé que ce n'était pas important. Elle a recommencé à porter des vêtements plus féminins. « Je ne me suis jamais sentie aussi féminine que lorsque je me promenais sans seins, sans prothèses. J'étais bien dans ma peau. » Ce n'est que l'an passé qu'elle a finalement décidé d'entreprendre une reconstruction mammaire.
Troisième opération
En 2004, d'autres tests se sont imposés, car elle ne se sentait pas très bien. Même si on croyait être certain à 95 % qu'il s'agissait d'un cancer des ovaires, les spécialistes souhaitaient simplement la suivre pour voir l'évolution. Anna Capobianco-Skipworth n'était pas d'accord et préférait l'opération. Elle a donc rencontré d'autres spécialistes.
Entre-temps, sa mère, atteinte de sclérose en plaques et vivant dans un centre depuis 18 ans, a attrapé une très mauvaise grippe. Quarante-huit heures plus tard, soit 20 minutes après l'arrivée de Mme Capobianco-Skipworth à son chevet, elle est décédée. Le lendemain du décès de sa mère, elle apprenait qu'elle serait à nouveau opérée. Pour s'occuper des funérailles, elle a dû retarder son opération de deux semaines.
« J'étais très nerveuse et j'ai demandé à mon médecin, en faisant une farce, si j'allais me rendre à 50 ans. Le médecin m'a répondu qu'il ne le savait pas. Je n'ai pas dit un mot à personne. J'ai préparé les funérailles, mis mes papiers en ordre et j'ai écrit une lettre à moi-même en me disant que tout allait bien aller. Après l'opération, le médecin est venu dans la salle de réveil et m'a dit de préparer ma fête de 50 ans. J'ai célébré avec 85 de mes amis ! »
Grâce au soutien des proches
Pour Anna Capobianco-Skipworth, le soutien des proches est primordial durant ce genre d'épreuve. « C'est grâce à eux que je suis une survivante physiquement et psychologiquement et surtout grâce à mon mari et ma fille. » Tout au long de cette épreuve, Anna Capobianco-Skipworth est restée active. « Dans ma tête, je suis guérie, mais lorsqu'on a eu trois cancers, on vit avec la maladie. Je sais qu'il faut que je prenne soin de moi et que je sois vigilante, sans paniquer. Je dis toujours qu'il faut vivre pour aujourd'hui, mais regarder pour demain. Je n'ai pas peur de mourir, mais j'ai peur de ne pas faire tout ce que je veux. »
La survivante aimerait lancer un message aux femmes : « Vous n'êtes pas seules ! Parlez à des gens positifs et apprenez à rire. Il faut s'entourer. Tout le monde a besoin d'aide. Il faut apprendre à recevoir et pas seulement à donner. »
Anna Capobianco-Skipworth a été ambassadrice pour la Course à la vie en 2005 et continue à l'être pour la Fondation du cancer du sein du Québec en donnant des conférences. Son histoire donne courage !
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