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Collège québécois des médecins de famille

Le CQMF veut lutter contre les tests et les soins inutiles

durée 09h00
5 avril 2024
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Par La Presse Canadienne

Le Collège québécois des médecins de famille (CQMF) tente de lutter contre la surutilisation de tests et de traitements ainsi que les enjeux de surdiagnostic. Il a lancé jeudi la «Déclaration de Montréal sur les soins de santé pertinents» afin que les partenaires du milieu de la santé s'attardent à ces problèmes. 

Au Canada, 30 % des tests, des traitements et des procédures sont considérés comme inutiles, selon les données de l'Institut canadien d'information sur la santé. Autrement dit, presque un acte sur trois fait par les professionnels de la santé est inutile pour le patient. 

Selon le Dr René Wittmer, président du comité directeur de la campagne Choisir avec soin Québec, pilotée par le CQMF, il s'agit de 30 % de places de plus qui pourraient être dégagées dans le réseau de la santé. «C'est quand même considérable», commente-t-il. 

Dr Wittmer explique que la surutilisation de tests ou de traitements cause des préjudices aux patients. Par exemple, passer un examen de radiologie qui n'était pas nécessaire expose le patient à de la radiation. Cela peut aussi mener à «des trouvailles fortuites» qui ne sont pas dangereuses pour le patient, mais qui peuvent l'inquiéter. Cela peut même nuire à sa capacité de contracter une assurance par la suite, souligne le médecin de famille. «Donc, il peut y avoir des torts pour les patients en plus d'être inutile pour eux», indique-t-il. 

Une autre situation encore trop commune, selon lui, concerne la prescription d'antibiotiques aux patients ayant une infection virale. «On sait que donner des antibiotiques dans ces contextes est inutile, ça n'aide pas les patients, même que ça leur nuit. Ça leur donne de la diarrhée ou d'autres effets secondaires.»

Ces situations peuvent également contribuer à l'engorgement du système de santé. Un traitement prescrit peut avoir des effets secondaires qui amènent le patient à reconsulter et si ces effets sont graves, il peut se retrouver à l'urgence. 

Dr Wittmer ne blâme pas les médecins de famille d'être prudents et il est convaincu qu'ils ont de bonnes intentions. «Quand les médecins prescrivent un test ou un traitement, c'est qu'ils ont l'impression que ça pourrait aider le patient», soutient-il. Selon lui, ils ne sont peut-être pas bien informés et ils ignorent que des tests peuvent s'avérer inutiles. 

Le test «au cas où»

Selon Dr Wittmer, les patients comme les professionnels croient erronément que d'en faire plus est probablement mieux pour la santé. Bien que les tests soient souvent importants pour poser un diagnostic, ils ne sont pas toujours indispensables, affirme-t-il. 

«On pourrait croire à tort que c'est vraiment essentiel pour poser un bon diagnostic, alors que dans beaucoup de situations, un diagnostic qu'on dit clinique — donc basé sur ce que les patients nous disent et ce qu'on a observé en les examinant — est suffisant pour poser de très bons diagnostics», a-t-il déclaré. 

Dans ces cas-là, souvent le médecin va se dire: «tant qu'à y être» ou «juste au cas où». C'est précisément dans ces situations que les tests sont inutiles et même potentiellement délétères pour les patients, fait valoir Dr Wittmer. 

Il invite les professionnels de la santé à se demander si c'est absolument nécessaire et ce qu'ils feront une fois le résultat obtenu. Est-ce que cela va influencer comment ils traiteront le patient? 

Surdiagnostic 

Dr Wittmer décrit le phénomène de surdiagnostic comme des anomalies qui sont trouvées chez le patient, mais qui n'auraient jamais été détectées si on n'avait pas fait de test. Ces anomalies ne se seraient jamais manifestées et n'auraient pas rendu le patient malade. 

C’est contre-intuitif, reconnaît-il. On peut croire que détecter tôt c'est mieux, et c’est vrai dans certains cas. Par exemple, le dépistage du cancer du côlon n’est pas associé au surdiagnostic et les bénéfices de ce test sont bien démontrés, dit-il. 

Ce n'est pas le cas pour le cancer de la prostate où il y a beaucoup de surdiagnostics. «Si on fait un dépistage pour le cancer de la prostate avec une prise de sang, ç'a très peu d’impact sur le nombre d’hommes qui vont mourir d’un cancer de la prostate. Si je dépiste 1000 hommes pendant une dizaine d’années, il y en a à peu près 1 de moins sur 1000 qui va mourir grâce au dépistage», soutient Dr Wittmer. 

Plusieurs groupes en santé comme l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) ne recommandent pas d'offrir le dépistage du cancer de la prostate de façon systématique, mais plutôt pour les hommes plus à risque. 

Dans ce cas précis, le surdiagnostic fait en sorte que l'on traite des hommes qui n'auraient pas été impactés par le cancer de la prostate. «On enlève leur prostate avec toutes les conséquences que cela a, toute l’inquiétude que cela peut générer de se faire dire qu’on a le cancer pour au final que ça ne les aide pas. C’est ce qu’on appelle du surdiagnostic», explique Dr Wittmer. 

Lors d'une visite chez le médecin, il invite les patients à discuter avec ce dernier sur les risques associés à un soin. 

Il énumère quatre questions qui peuvent guider le patient dans sa réflexion. Est-ce que j'ai vraiment besoin de ce traitement, examen ou cette intervention ? Est-ce qu'il y a des côtés négatifs? Est-ce qu'il y a des options plus simples et plus sécuritaires? Qu'est-ce qui se passe si je ne fais rien?

Le personnel médical demande parfois un test jugé inutile par crainte de reproche d'un ordre professionnel. «Alors c'est important que les ordres professionnels prennent part à la discussion et montrent que c'est important de prescrire les tests dans le bon contexte pour les patients», souligne Dr Wittmer.

L'objectif de la déclaration du CQMF est d'inviter les signataires de la déclaration (Collège des médecins, Ordre des pharmaciens du Québec, Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Fédération des médecins spécialistes du Québec, etc.) à poser de petits gestes pour s'assurer qu'on dispense de moins en moins de soins inutiles. 

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l'Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l'unique responsable des choix éditoriaux. 

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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