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Notamment sur le cancer

La recherche en santé au Canada est fragilisée par l'incertitude économique des É.-U.

La recherche en santé au Canada est fragilisée par l'incertitude économique des É.-U.
Photo: La Presse Canadienne, 2024
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La recherche en santé au Canada, notamment sur le cancer, se retrouve menacée par l'incertitude économique qui plane de part et d'autre de la frontière américaine. De l'équipement essentiel à la recherche pourrait se voir imposer des droits de douane et des organismes américains essentiels à la recherche risquent d'être définancés.

Le département américain de la Santé et des Services sociaux a fait savoir qu'il réduisait le financement de la santé publique et le personnel de la Food and Drug Administration, des Centers for Disease Control and Prevention, du National Institutes of Health (NIH) et d'autres agences.

Cela entraîne une incertitude auprès des chercheurs canadiens, prévient mardi la Société canadienne du cancer (SCC). En 2024, les projets de recherche canadiens ont reçu plus de 40 millions $ US de financement seulement de la part du NIH. À terme, il pourrait y avoir moins de nouveaux projets de recherche sur le cancer au Canada, et ce sont surtout les patients qui en subiront les conséquences.

Selon la SCC, dans les années 1940, seulement 25 % des patients avec un cancer survivaient au-delà de cinq ans après leur diagnostic, alors que de nos jours, ce taux atteint 64 %. «On veut continuer cette progression des connaissances pour faire régresser le nombre de gens qui décèdent précocement à cause de cancer», fait valoir Dr Denis Soulières, porte-parole scientifique et médical de la Société canadienne du cancer.

Il explique que le désengagement, notamment du National Institute of Health (NIH), fait en sorte que certaines sommes qui étaient consenties au Canada risquent de ne pas revenir. «C'est encore une incertitude par rapport à tout ça, mais on sait par contre qu'il y a des grands organismes, par exemple le Canadian Cancer Trials Group qui profite d'une certaine subvention pour participer à des initiatives nord-américaines, et donc, l'argent pour ça vient en partie du NIH», détaille-t-il.

Le climat socioéconomique pourrait aussi entraîner une diminution de l'investissement des grandes compagnies pharmaceutiques, croit Dr Soulières.

«Il y a très clairement un haut niveau d'incertitude, dit-il. Ça pourrait être plusieurs dizaines de millions de dollars qui risquent de ne pas être disponibles pour les chercheurs canadiens si effectivement il y avait un arrêt complet du financement venant des États-Unis. On ne pense pas que ça va arrêter des projets qui sont en cours, mais ça va empêcher l'initiation de nouveaux projets.»

Il n'est pas le seul à s'inquiéter de la situation avec nos voisins du Sud. Lundi, le Canadian Medical Association Journal (JAMC) exhortait le Canada à augmenter son financement de la recherche afin de combler le vide qui devrait être laissé par les coupes dans les organismes de santé aux États-Unis.

Des tarifs sur l'équipement de recherche

La menace des droits de douane par le président américain pourrait par ailleurs faire grimper le prix de fournitures dont se servent les chercheurs. «On ne sait pas ce qui va être touché par les droits de douane. C'est un élément qui suscite pas mal d'interrogation pour la plupart des gens. S'il faut qu'il y ait des droits de douane de 25 à 40 % sur des éléments qui sont essentiels pour conduire de la recherche, ça peut devenir effectivement très difficile», expose Dr Soulières.

Il indique que des médicaments et des fournitures pourraient être touchés ainsi que des appareils scientifiques qui proviennent des États-Unis et qui ne sont pas produits au Canada.

D'autre part, les projets de recherche permettent de développer des connaissances qui servent à toute la communauté mondiale de scientifiques. «Si on ampute cette capacité de développer des connaissances, ç'a fait effectivement en sorte qu'on n'a pas d'avancement aussi significatif que ce que l'on voudrait en oncologie, par exemple», soulève Dr Soulières.

La rédactrice en chef du JAMC, Kirsten Patrick, estime qu'il est également important que les revues médicales défendent la science et condamnent l'érosion de la surveillance de la santé publique et de la collecte de données aux États-Unis.

«Des données fiables sur la santé en Amérique du Nord provenant du Canada sont plus importantes que jamais, a soutenu Mme Patrick dans une déclaration écrite publiée lundi dans le JAMC. Il est temps de financer correctement les chercheurs canadiens dans le domaine de la santé et de les aider à partager leurs travaux

De son côté, la Société canadienne du cancer tire principalement son financement de dons du public ou corporatif. Elle ne verrait donc pas directement une diminution des sommes qu'elle amasse. Par contre, elle risque de recevoir plus de demandes de financement de la part des chercheurs. «Ce nombre de demandes-là va progresser étant donné qu'il risque d'y avoir moins d'argent qui vient par exemple des instituts qui sont sous le financement en partie par les organismes américains», explique Dr Soulières.

La SCC pense avoir besoin de plus de dons pour maintenir le rythme dans la recherche sur le cancer. Au Québec, la campagne du Mois de la jonquille qui se tient actuellement vise à amasser des fonds pour financer la recherche et des services de soutien aux personnes atteintes de cancer.

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne

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